Le ciel était noir, noir comme le plus pessimiste des rats ce soir-là. Mais les étranges néons, dont le laser lumineux n’était propre qu’à cuivrer un peu plus les visages ocreux de ces gens sortant tout droit d’Orange Mécanique, illuminaient aussi la carte des réseaux souterrains que je tenais devant Desireless avec sa coupe façon balai-brosse…
Les mastodontes nécrovores ne devaient plus être vraiment loin maintenant et tandis que les applications natives sur le portable de Desireless nous indiquaient qu’on pouvait naviguer sans péril sur ce fleuve juste là au-dessus de nous sans tomber au fond de ses abysses, j’essayais de jauger si on pouvait sauter du haut de ce pont enjambant le cours d’eau longeant les bicoques des bidonvilles… Et tout en bidouillant son iPhone relié à sa caboche par un casque virtuelle, Desireless envoyait dans toutes les latitudes des messages, des SOS car les mastodontes nécrovores approchaient ; ils avaient déserté les collines où ils étaient nés et ils n’étaient plus qu’à une centaine de mètres maintenant.
Mais auparavant dans la jungle où l’on avait magouillé pour obtenir des justificatifs bidons grâce à quelques annuités nous revenant, nous trouvâmes refuge dans une hutte de pseudo-poètes, adjacente au pont, avant la ruée de tous ces monstres ; et dans les caboches de ces scribes laborieux les documents qu’on présenta firent tilt. Cependant, leurs idées inexplicables de proses poétiques finirent rapidement par nous lasser et dès que le danger fut écarté, on était déjà dehors, reparti sans même un adieu lapidaire ; et sous la lune notre odyssée, qui était sponsorisée par la société du téléphone de Desireless, redémarrait… Nos chevaux et nos sangliers de trait restés à l’écart pendant l’attaque s’ébrouant, et la noirceur de cette nuit sans fin étalonnant pour nous l’ivresse incendiaire, malsaine de notre voyage à travers des contrées aussi étranges qu’obscures !
