Poésie surréaliste NotesMat15

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Voyage et Au-delà

Le ciel était noir, noir comme le plus pessimiste des rats ce soir-là. Mais les étranges néons, dont le laser lumineux n’était propre qu’à cuivrer un peu plus les visages ocreux de ces gens sortant tout droit d’Orange Mécanique, illuminaient aussi la carte des réseaux souterrains que je tenais devant Desireless avec sa coupe façon balai-brosse…
Les mastodontes nécrovores ne devaient plus être vraiment loin maintenant et tandis que les applications natives sur le portable de Desireless nous indiquaient qu’on pouvait naviguer sans péril sur ce fleuve juste là au-dessus de nous sans tomber au fond de ses abysses, j’essayais de jauger si on pouvait sauter du haut de ce pont enjambant le cours d’eau et longeant les bicoques des bidonvilles… Et tout en bidouillant son iPhone relié à sa caboche par un casque virtuelle, Desireless envoyait dans toutes les latitudes des messages, des SOS car les mastodontes nécrovores approchaient ; ils avaient déserté les collines où ils étaient nés et ils n’étaient plus qu’à une centaine de mètres maintenant.

Mais auparavant dans la jungle où l’on avait magouillé pour obtenir des justificatifs bidons grâce à quelques annuités nous revenant, nous trouvâmes refuge dans une hutte de pseudo-poètes, adjacente au pont, avant la ruée de tous ces monstres ; et dans les caboches de ces scribes laborieux les documents qu’on présenta firent tilt. Cependant, leurs idées inexplicables de proses poétiques finirent rapidement par nous lasser et dès que le danger fut écarté, on était déjà dehors, reparti sans même un adieu lapidaire ; et sous la lune notre odyssée, qui était sponsorisée par la société du téléphone de Desireless, redémarrait… Nos chevaux et nos sangliers de trait restés à l’écart pendant l’attaque, s’ébrouant, et la noirceur de cette nuit sans fin étalonnant pour nous l’ivresse incendiaire, malsaine de notre voyage à travers des contrées aussi étranges qu’obscures !

Mais encore plus occulte que le grimoire de ces rois débauchés qu’on n’allait pas tarder à rencontrer, notre quête d’un État lointain et mystérieux allait bientôt se terminer lorsque nous vîmes les coupoles illuminées et les lanternes de cette Cité Interdite !

Deuxième partie :
Sous le joug d’orateurs qu’on croyait inaliénables, quelque chose clochait, et semait le doute parmi les foules. Et sous le joug de ces fondamentalistes soûls, quelque chose de prométhéen m’insufflait qu’un tel désastre était orchestré par la jeunesse de notre terre d’accueil. Et qui peut-être prouvait leur divinisation.

Par manque de jugeote et de temps leur chance de survie devait une grande part à ma mansuétude. Et pour juguler leur despotisme et pour appuyer mes propos, quand j’étais parmi eux dans les assemblées, j’invoquais cette contrée qui était là-haut dans le ciel laiteux et qui était le creuset de toutes nos civilisations. Une patrie imaginaire, avec des sacrifices humains que les journalistes d’ailleurs ne pouvaient décrire sans frémir ; avec des combats de sabre aussi qui empruntaient leur scénographie au genre dramatique japonais qu’on appelle kabuki dans votre monde. Les participants ne pouvant blairer les autres concurrents, des fumeurs de joint pour la plupart, le dernier round était vite expédié…

Et après maintes cérémonies, d’achats de boucs sacrés, on passait en défilant fièrement sous l’Arche largement décorée d’un logo alambiqué mêlant à la fois l’art Khmer mais aussi l’esprit intrépide de quelques poètes bel et bien disparus. Puis après bien des orgies et tous ces alcools rances, on regardait dans les cieux ces vautours tournoyants et allant se repaître du dernier massacre… Cependant notre cénacle népotiste s’était heurté ces dernières années à une jacquerie réclamant pour une bonne part la démocratisation de nos institutions, et les laissés-pour-compte de ce pays ne voulait plus de ce culte sanglant qu’on leur infligeait…