Le ciel était noir, noir comme le plus pessimiste des rats ce soir-là. Mais on avait quand même réussi à bidouiller les étranges néons au-dessus de notre carriole de malandrins et de médecins de peste.
Et cela donnait un laser lumineux propre qu’à cuivrer un peu plus les visages ocreux de ces gens sortant tout droit d’Orange Mécanique mais à l’air optimiste malgré tout. Et ses faisceaux illuminaient aussi la carte des réseaux souterrains que je tenais dans ma baignoire en marbre placée au centre de la carriole. Quand soudain une benne à ordures nous passa dessus tandis que les applications natives sur le portable de Desireless nous indiquaient qu’on pouvait naviguer sans péril sur ce fleuve juste là au-dessus de nous si on débitait en planches et réassemblait la carriole en radeau.
Des applications qui nous apprirent les pourcentages et les probabilités presque nulles de tomber au fond de ses abysses, et lorsque j’essayais de jauger si on pouvait sauter du haut de ce pont enjambant le cours d’eau et longeant les bicoques des bidonvilles, le clair de lune prit froid… Et tout en bidouillant sur son iPhone relié à sa caboche par un casque virtuelle, Desireless envoyait dans toutes les latitudes des messages, des SOS, des bouteilles à la mer destinées à un roi régnant à l’époque où la Griffe Noire sévissait, car la meute des mastodontes nécrovores de la Main Noire approchaient ; ils avaient déserté les collines où ils étaient nés et ils n’étaient plus qu’à une centaine de mètres maintenant…
