Le sol était jonché de copeaux de bois. Et nos oraisons funèbres et furieuses comme le givre cette nuit, quand elles nous haranguaient, harassaient les quelques milliers de kilomètres que nos jambes, avec un chut de chair glissant sur de la chair, ne supportaient plus. Et puis il y avait toujours cette jeune femme vociférant chacun de ses poèmes ; faut dire que l’informatique n’existait plus dans notre monde… et les flammes mouvantes de son bûcher restaient fantomatiques, et sans blaguer, on aurait dit une elfe coincée dans une forme incapable de la retenir…
En tout cas, elle nous avait bien compliqué la tache, pour mettre le feu à ces rameaux extrafins et pour mieux s’approcher de la fenêtre du passé et la refermer. Un sortilège et une torture dont elle était coutumière — le moindre détail le lui rappelant — et les arbres des pendus, quand ils atteignaient 666 ans en s’organisant pour former un pentacle irréprochable, se couvraient de son sang quand les ichtyosaures lacéraient sa panse et débarquaient sur notre territoire à la recherche de bretzels…
Et d’autres fois on pouvait les voir se nicher sur l’amoncellement des crânes de grès noirs de ces morts qu’on avait infirmé sans façon et sans scrupule… Et jusqu’à l’autel au centre du Parc où toutes nos messes noires se terminaient, sous les néons, glacés eux-aussi et ramenés du néolithique, elle revenait nous hanter, précisément à cause de cet ouvrage d’Artaud qu’on s’était efforcé de pervertir ; et peut-être, sa vengeance avait survécu à cette bande-son glauque qui se perdait dans notre Parc alors qu’on n’était qu’en cours de route et dans l’impossibilité, contrairement à cette créature du diable, d’envoûter les mégaphones des miradors du parc pour les faire taire…
