Poésie surréaliste NotesMat15

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Après l’apocalypse

C’était un dimanche après-midi de printemps, cent ans plus tard. Il y avait encore des assiettes noires de crasse, des crachats brillants d’enfants flatulents et des cafards désintégrés, de la taille d’une puce ou d’une boîte d’allumettes. En déambulant le long de la coursive du parc, qui jadis était celle de la Villette, on pouvait voir des palanquins cassés, renversés, complétement hors d’usage et sur la pelouse molle et fraîche au bord du canal vert glauque de vieux ornithorynques.

Plus loin, dans un hangar d’où se disputaient deux harangueurs, il restait quelques lambeaux de paréos encore tendus sur un fil. Un observateur attentif aurait peut-être remarqué, là par terre, un exemplaire d’un livre de Nietzsche et par ouï-dire on savait que cet unique ouvrage avait été perverti par les rares survivants… mais à présent, il n’y avait plus qu’à laisser tout cela en paix. Ça ne faisait plus de mal à personne désormais et pour ce qui était de ces roublards, ils étaient morts ou partis. Ils s’étaient enfuis comme des rats après que des nouvelles menaçantes se furent répandus en 2177.
En dépassant leurs ghettos, sur une parcelle où près d’une centaine de truies allaient se repaître des déchets traînant à l’abandon, on avait désossé de vieilles carcasses de bagnoles dont le clignotant clignotait, comme par miracle, encore. Ici aussi, le terrain était bouleversé et crevassé, comme s’il y avait eu une convulsion souterraine. Un ruisseau coulait dans le champ et il avait presque transformé toute cette surface en lac. D’un autre côté, on pouvait relever certains indices caractéristiques d’une explosion. Des arbres avaient été abattus ou n’étaient plus que souches déchiquetées, tandis que d’autres n’avaient même pas été touchés. Clara et moi, on était sur le muret élevé entre le champ et la grande route presque intacte, bien qu’il ait couru le long d’un sommet d’un escarpement, alors qu’un mur beaucoup plus éloigné qui se dressait dans le champ voisin avait été dispersé sur un grand espace.
Brusquement, l’un des derniers renégats à être encore là arracha d’une grue de caméra un siège en mousse qui avait été auparavant vidé de son polyuréthane.