Poésie surréaliste NotesMat15

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Le cercle des pendus

Mona Vial se retourna sur son matelas en grognant contre le présentateur qui gesticulait et bégayait de la voix alors que ses paupières étaient encore fermées. Le serveur qui était censé recenser ses rêves était déjà en train d’établir ce qu’elle devait garnir dans sa hotte pour sa première journée de boulot…
En particulier ces bretzels à dérober aux pendus du parc d’à côté. Les courses pour toute une semaine pour tous ces notables condescendants. Et avant même que le présentateur s’amuse à se lancer dans une description minutieuse et très chiante de cette lumière des réverbères ressemblant à des becs de gaz, quelque chose la poussait, une urgence, une nécessité, un appel, mais si ténu qu’elle ne pouvait en saisir un mot.

Dehors, elle avait déjà créé une nouvelle playlist pour les têtes et les oreilles aux couleurs de paraffine du plateau d’InterVision. Et elle venait de s’aventurer dans un tunnel, qui était parfois très bas ; elle ressentait le poids de la glace au-dessus de sa tête. Et elle avait déjà prospecté le terrain en surface, ainsi que tombé sur la vieille affiche d’un film, un remix de Blair Witch, collée par ses petits chefs ; ce qui lui avait fait rappeler le prêchi-prêcha de ces types ivres s’échinant à la blâmer…

Et tandis qu’elle n’était pas suffisamment éveillée mais en mode pilote automatique, elle fut maculée de miettes de pain décongelées en passant sous l’étrange arbre des pendus… et en escaladant les remblais, juste en dessous de la terrasse du Parc des Pendus pour être installée aux premières loges, elle était avec sa bande de collègues qui tweetait des admonestations poétiques à Maître Yoda, ce grand philosophe bouddhiste… Telle qu’elle était, on la traitait de folle mais tous les gens de son équipe l’affligeaient – des geeks bons à rien sinon à rafraîchir une énième fois l’écran et leurs pages sur les réseaux sociaux –

L’alcool lui permettait de se rattacher à quelque chose. Et au moment où elle cherchait une bouteille de vodka dans une cabane encore vacante, le présentateur, un imbécile fier comme un paon qu’elle voyait à présent dans son casque virtuel, lui indiqua qu’elle ne devait pas traîner lors de sa collecte de bretzel car une berline japonaise aux lignes carrés et aux commandes entièrement manuelles, longeait déjà les murs du parc pour récupérer le tout.

« Voilà. Il vous reste six minutes, pour faire cette opération que des types dont c’était le métier ont mis plusieurs années à réaliser. Après, avec un mode d’emploi approximatif, vous pourrez vous repaître des bretzels des pendus mais seulement pour une part qui représente un millième, le reste étant placé avec les autres bretzels alsaciens sur la table de l’InterVision afin qu’ils servent à déprécier le parisianisme. »

Cependant elle se concentra légèrement et éteignit son iPhone et changea de canal mental. Le présentateur et son studio s’évaporèrent instantanément tandis qu’elle s’était lancée, avec un mal de crâne à retourner tout ce qui était à l’envers et à l’endroit, dans cette collecte de bretzels dont les miettes tombaient maladroitement de la poche des pendus…

Deuxième partie :

Le Pacte était brisé : dans les amphithéâtres on murmurait que la tournée des bretzels des pendus ne ressemblerait plus à ce qu’elle avait été jadis. Cette tournée des bretzels qu’on trouvait dans les poches des pendus au jardin des curiosités et que les hautes sphères du pouvoir voulaient réguler et garder un contrôle permanent et persuasif… D’ailleurs, dans leurs meetings, ne ployant pas vraiment sous le poids atroce d’une illusoire culpabilité, ils allaient réquisitionner tous les bretzels de ces pauvres bougres quand les nuits mouillantes venaient nous renifler…

D’inoubliables prime time avaient raconté que la découverte du parc des pendus était un pur hasard et même à l’insu des dictateurs au pouvoir…

Mona Vial, quant à elle, regardait en ce moment même un sapin de Noël qui clignotait, s’ingéniant à déloger ensuite la dernière femme pendue et dont le khôl, en coulant, avait dépareillé les ailes d’un oiselet. Prudemment et à l’aide d’une charrette, elle l’emmena dans le temple du parc, qui servait de sanctuaire mais ici aussi les moines s’étaient radicalisés, portant la crinière des punks et qu’ils jumelaient avec l’uniforme des trains transsibériens.

Tout s’écroulait. Même les espoirs les plus fous. Et dans le labyrinthe du temple où elle s’était réfugiée, elle croisa des joailliers qui avaient été parachuté là on ne savait trop pourquoi. Et de là où elle s’était arrêtée, une fontaine, assez large pour accueillir des marsouins, jaillissait…

Mona Vial se retourna sur son matelas en grognant contre le présentateur qui gesticulait et bégayait de la voix alors que ses paupières étaient encore fermées. Le serveur qui était censé recenser ses rêves était déjà en train d’établir ce qu’elle devait garnir dans sa hotte pour sa première journée de boulot…
En particulier ces bretzels à dérober aux pendus du parc d’à côté. Les courses pour toute une semaine pour tous ces notables condescendants. Et avant même que le présentateur s’amuse à se lancer dans une description minutieuse et très chiante de cette lumière des réverbères ressemblant à des becs de gaz, quelque chose la poussait, une urgence, une nécessité, un appel, mais si ténu qu’elle ne pouvait en saisir un mot.

Dehors, elle avait déjà créé une nouvelle playlist pour les têtes et les oreilles aux couleurs de paraffine du plateau d’InterVision. Et elle venait de s’aventurer dans un tunnel, qui était parfois très bas ; elle ressentait le poids de la glace au-dessus de sa tête. Et elle avait déjà prospecté le terrain en surface, ainsi que tombé sur la vieille affiche d’un film, un remix de Blair Witch, collée par ses petits chefs ; ce qui lui avait fait rappeler le prêchi-prêcha de ces types ivres s’échinant à la blâmer…

Et tandis qu’elle n’était pas suffisamment éveillée mais en mode pilote automatique, elle fut maculée de miettes de pain décongelées en passant sous l’étrange arbre des pendus… et en escaladant les remblais, juste en dessous de la terrasse du Parc des Pendus pour être installée aux premières loges, elle était avec sa bande de collègues qui tweetait des admonestations poétiques à Maître Yoda, ce grand philosophe bouddhiste… Telle qu’elle était, on la traitait de folle mais tous les gens de son équipe l’affligeaient – des geeks bons à rien sinon à rafraîchir une énième fois l’écran et leurs pages sur les réseaux sociaux –

L’alcool lui permettait de se rattacher à quelque chose. Et au moment où elle cherchait une bouteille de vodka dans une cabane encore vacante, le présentateur, un imbécile fier comme un paon qu’elle voyait à présent dans son casque virtuel, lui indiqua qu’elle ne devait pas traîner lors de sa collecte de bretzel car une berline japonaise aux lignes carrés et aux commandes entièrement manuelles, longeait déjà les murs du parc pour récupérer le tout.

« Voilà. Il vous reste six minutes, pour faire cette opération que des types dont c’était le métier ont mis plusieurs années à réaliser. Après, avec un mode d’emploi approximatif, vous pourrez vous repaître des bretzels des pendus mais seulement pour une part qui représente un millième, le reste étant placé avec les autres bretzels alsaciens sur la table de l’InterVision afin qu’ils servent à déprécier le parisianisme. »

Cependant elle se concentra légèrement et éteignit son iPhone et changea de canal mental. Le présentateur et son studio s’évaporèrent instantanément tandis qu’elle s’était lancée, avec un mal de crâne à retourner tout ce qui était à l’envers et à l’endroit, dans cette collecte de bretzels dont les miettes tombaient maladroitement de la poche des pendus…

Deuxième partie :

Le Pacte était brisé : dans les amphithéâtres on murmurait que la tournée des bretzels des pendus ne ressemblerait plus à ce qu’elle avait été jadis. Cette tournée des bretzels qu’on trouvait dans les poches des pendus au jardin des curiosités et que les hautes sphères du pouvoir voulaient réguler et garder un contrôle permanent et persuasif… D’ailleurs, dans leurs meetings, ne ployant pas vraiment sous le poids atroce d’une illusoire culpabilité, ils allaient réquisitionner tous les bretzels de ces pauvres bougres quand les nuits mouillantes venaient nous renifler…

D’inoubliables prime time avaient raconté que la découverte du parc des pendus était un pur hasard et même à l’insu des dictateurs au pouvoir…

Mona Vial, quant à elle, regardait en ce moment même un sapin de Noël qui clignotait, s’ingéniant à déloger ensuite la dernière femme pendue et dont le khôl, en coulant, avait dépareillé les ailes d’un oiselet. Prudemment et à l’aide d’une charrette, elle l’emmena dans le temple du parc, qui servait de sanctuaire mais ici aussi les moines s’étaient radicalisés, portant la crinière des punks et qu’ils jumelaient avec l’uniforme des trains transsibériens.

Tout s’écroulait. Même les espoirs les plus fous. Et dans le labyrinthe du temple où elle s’était réfugiée, elle croisa des joailliers qui avaient été parachuté là on ne savait trop pourquoi. Et de là où elle s’était arrêtée, une fontaine, assez large pour accueillir des marsouins, jaillissait…

Deuxième chapitre :

J’imaginais une femme. Elle était grande, cambrée, pas du tout nue mais parée de telle sorte que sa poitrine, son ventre, son sexe, sa croupe fussent luxueusement perceptibles sous un voile mince et tendu, sans un pli, épousant à merveille l’opulence des formes.
Avec l’épicurisme inapproprié et inadapté que je lui connusse elle appréhendait sa prochaine liquéfaction comme d’autres appréhende de recommencer leur job le lundi… mais elle avait inventé un jeu : chevaucher les lionnes en sautant des lianes et foutre les jetons à l’approche de minuit à tous ces gens voulant perquisitionner notre temple. Et ce matin l’air était surchargé des mauvaises ondes des buanderies du coin et il y avait d’abord ce désastre qui avait scandalisé les fins limiers… et lorsqu’on découvrit après un duel à l’épée entre malandrins ayant auparavant fouillé notre coffre-fort, la belle pagaille dans notre pagode, elle s’habilla tout simplement de la seule peau d’un hère dans son jardin d’hiver… alors que, portée par la brise, la senteur d’un olivier odorant lui avait fait tourner la tête du côté de ces deux tableaux que la diablerie de l’artiste les avait dépigmenté en se défoulant sur leurs vraies plumes de perroquet collées à même la toile !

Elle était, maintenant je le sais, métisse et intermittente du spectacle et avait décidé de se focaliser sur « la meilleure version d’elle-même » mais là dans la quasi-obscurité où je la matais je me disais qu’il s’agissait d’un numéro d’équilibriste bien trop risqué. Et pendant que je la dévisageais, le vent lui ébouriffait les quelques mèches déjà blanches qui dépassaient de sa capuche. Devant nous sur l’immense terrasse de l’acropole, les ténèbres et les bruits de la nuit. Des sons de techno parade ou de rave party que les festivals du coin regrettaient déjà et n’amenant que de pauvres types du Kosovo sans certification…
Et on essayait pourtant de nous persuader que la description d’une oasis rien qu’à nous avec une vieille machine à écrire avait quand même du panache. On venait même de dresser le petit inventaire de nos objets sacrés comme un trophée Jivaro, une cuisinière électrique dont l’on se fichait bien si elle était du paléolithique, une robe de couture que les huissiers avaient oubliée sans percuter sur sur son authentique valeur… Mais aussi un service de table ainsi que de deux tabourets de bar que Marylin Manson avait rageusement détruit ; et de là où l’on voyait le saccage, de toute notre hauteur et de façon à ce qu’on puisse les regarder tous et pas seulement penché, des lilliputiens tentaient de remonter les meubles sur pied et en recollant vainement les chutes de bois…

À bien regarder Mona Vial qui était dans notre équipée et qui se tenait à présent entre deux colonnes du sanctuaire où il y avait des gardiens et des gardiennes nus on sentait qu’elle aurait aimé se perdre dans le labyrinthe qu’on avait profané, comme une revanche logique après tous les déboires. Elle se planta devant l’un des eunuques qui la drapa silencieusement d’étoffes transparentes, puis chacun de nous s’étreignit de chagrin.

Puis nous demeurâmes longtemps accoudés au parapet et deux beatniks travaillant pour une chaîne comme Ikea ou Burger King passèrent ; l’un des deux nous adressa un clin d’œil d’en bas et l’autre nous montra une carte d’accréditation qu’on discernait mal à cause de cette pâle lumière d’un blond vénitien et partant à l’oblique de ce parapet crénelé comme un mur d’enceinte…