« La chance était en baisse et le talent s’était barré. Dans Point Contrepoint, je crois, Huxley ou l’un de ses personnages dit : « N’importe qui peut être un génie à vingt-cinq ans. À cinquante ans, ça demande plus d’efforts. » Et moi, j’en étais à quarante-neuf, plus quelques mois. Mes tableaux croupissaient dans les galeries. On avait publié une anthologie de mes poèmes : Le paradis est la plus grande des vulves, qui m’avait bien rapporté une centaine de dollars, quatre mois plus tôt. Le bouquin était vite devenu un objet de collection, côté vingt dollars pièce à la bourse des raretés, et je n’avais même plus mon exemplaire personnel : un copain l’avait embarqué un jour de cuite. Ça, un copain ? »
M’éloignant à l’heure où la nuit meurt ou demeure, et pour me faire un peu d’argent en les vendant ces anthologies poétiques au plus offrant, j’étais déjà éméché un matin dès potron-minet, comme égaré ou puni par une divine autorité… Et après les transactions qui auraient dû me rendre plus riche, je me retrouvais dans le local des dératiseurs, sur le qui-vive, et face à un grand écran bloqué sur un farfadet du festival Lumière à Lyon.
Peut-être que ma tête, quand elle déviait de trois quarts gauche sur l’oreiller lorsque je rêvais, ne pouvait probablement que produire ce genre de péripéties où je me voyais, un jour de Pluie diluvienne, dans le jardin d’une certaine Laurel, ma voisine, poursuivant sans fin un pélican qui fuyait… On ne discernait — en le ramenant chez moi et en l’enfermant dans une cage d’ivoire — dans cette épisode onirique, que son jabot énorme, fermement résigné à avaler tout ce qu’il lui passait dans le gosier.
Trempé comme un rat d’égout je profitais de ces pluies diluviennes et de leur inondation sur les quais du Rhône pour chasser les oiseaux et en particulier ces pélicans noirs regardant rêveusement les gouttes de pluie entre les tuiles et le pisé rouge tomber sans jamais échauffer les esprits !
