Le système s’était enrayé, devenant de moins en moins gérable. Leurs balivernes à tous ces politiciens gangrénaient tout jusqu’à l’Audimat. Mais actuellement Thompson étant dans un état proche de l’hypnose il s’en foutait et regardait l’une de ses mains qui était ensanglanté tandis que l’autre tentait de réajuster la trajectoire de sa vieille Mustang tout en matant un vortex qui voilait à présent le ciel et une pancarte sur lequel on pouvait lire que les fanatiques des films en super-huit s’entretueraient avant qu’il puisse enquêter de son côté. Et il lui semblait que ces reptiles irascibles le long du bas-côté de la route l’observaient, calanchant ensuite sous les effets des rayons d’un soleil malgré tout affligeant…
Captant les intentions de tout ce qui pouvait encore bouger, ou sursauter, ou même l’étreindre, son acuité aux choses psychédéliques luttait pour s’adapter à son humour pince-sans-rire. Et il lui revint à l’esprit à ce moment-là que la salive contaminée des reptiles pouvait encore fuser. Et qu’elle était déjà bien éprouvante pour la peau quand elle refroidissait au soleil, mais il arriva cependant à remettre de l’ordre dans son esprit.
Mais plus tard l’obscurité le sidéra, il se trouvait encore sur l’autoroute et il pensa que même les chameliers qu’il croisa, et qui se dévergondaient pour ne pas à avoir à affronter un énième coup de Trafalgar, avaient un tas de raisons d’être en colère et intransigeant envers lui. Et pour ne pas défaillir face au travail stakhanoviste qui les attendait. Mais qui avait trouvé un angle intéressant depuis que Raoul Duke avait substitué les substances analgésiques foudroyantes du sanctuaire où le Docteur Gonzo reposait.
Il essaya de s’échauffer la voix alors qu’il apercevait l’un de ces anachorètes se planter devant le capot de sa bagnole ; il but une rasade de rhum qui était diablement fourbe et sournoise et l’homme du désert lui montra un article de journal par-dessus le pare-brise. Le gros titre indiquait : « LE CONGRÈS PREND ENFIN AU SÉRIEUX LES OVNIS. »
Le torchon du canard ajoutait qu’une nouvelle rafle d’êtres humains par les Aliens était à déplorer et que les extraterrestres avaient pour ambition de sélectionner la meilleure race, tout comme les nazis. Ce récit complétement farfelu s’opiniâtrait à la fin à faire l’apologie de la naissance d’un troisième type, et avait ce souci tout aussi absurde de brosser les fantasmes surréalistes de ceux qui donneraient tout pour être choisis, et ne le sont pas…
