Aux premiers jours de notre règne, au cœur de certaines villes impropres à tout habitat, même pour copuler, notre budget came était comme phagocyté par cette herbe des nazis, qu’on appelait communément la Beuze ; bien sûr on avait bouquiné pendant de longs siècles et potassé sur le sujet avant de tester la Beuze, bien plus déstabilisatrice qu’il n’y paraissait…
D’abord pour les effets secondaires et pour ajuster les mots à peu près phonétiquement, quand la drogue s’infiltrait dans notre système épiphyte, on ne devait pas trop lambiner et se casser dans un pays imaginaire ; une zone de passe-droits que les partisans de l’Ordre rêvaient de la voir s’embraser… Et pendant ces quelques heures (ces quelques journées ?) de flottement, on était constamment et d’arrache-pied en train d’évaluer différentes choses. Comme la fois où, pendant notre célèbre tournée, les jeeps s’embourbaient au sommet du col de l’Izoard et où l’on voyait à l’horizon les dômes de tous ces palaces aux voûtes d’un bleu vénitien ; comme cette fois aussi où les tuniques de nos sous-fifres contrastaient avec les couleurs de ces nuages menaçants au-dessus de nos têtes, prêts à cracher leur peroxyde.
N’empêche. Les remèdes aux attentats, n’étaient nés qu’autrefois, et on les avait oubliés en route ; mais il y avait encore quelques mercenaires indépendants, levant les tentes avant de préparer le plan de guerre ; ils baluchonnaient à la va-vite leurs grenouillères grises et leur attirail de médecins en temps de peste ; chacun avait son poste, ses coutumes et aussi ce charisme digne du chef du Projet Chaos. Alors qu’aujourd’hui on avait du mal à renflouer les caisses, les dépenses pour la veuve de Thompson revues à la hausse… en nous donnant un mal fou pour boucler nos dettes et un charme apollinien quand on tirait sur une Dunhill ou un oinj, de préférence dénudé, affalé sur notre canapé.
Et en sollicitant une audience pour chevaucher le dragon on se rappelait malgré tout de cet adage de Dostoïevski nous enseignant que pauvreté n’est pas vice mais l’ivrognerie n’est pas non plus vertu…
Et pour cesser l’immobilisme dans notre trou on avait sacrifié nos dernières économies afin de voir du pays, partant avec nos sacs sur le dos et nous nourrissant uniquement de mollusques. Mais la route était très longue, trop longue ; et même si on s’activait tout le long du chemin à manigancer des putschs contre le royaume où les rats et les vautours proliféraient, nos féaux nous avaient abandonnés regagnant leurs contrées respectives, bougonnant suffisamment pour qu’on comprenne qu’ils ne voulaient plus entendre parler de politique…
