Acte 1 : Fountain of Youth
Après les vidéos underground dans le boudoir, les têtards sous les lavabos nous suggéraient des frasques débonnaires. De la même couleur que la grenade, le képhir, que des bâtards nous servaient, avait déjà blobloté au thermostat.
Mais ils continuaient de tatillonner pour des histoires de cabale tout en épluchant les fioritures des nouvelles locales… Dans leurs grands jerricanes bleus prenant la poussière, il y avait aussi des appendices vermiculaires. Et, quand j’ai levé les yeux de l’ordinateur, j’ai vu qu’ils s’opiniâtraient, un bloc-notes en équilibre sur les genoux, à écrire tout ce que la couleur ambre à l’intérieur des jerricanes leur inspirait. Ainsi, chacun y allait de son pronostic : certains ne reculant pas pour déclarer qu’on pouvait associer à leur formol un liquide amniotique afin que leur rachis puisse de nouveau se développer, d’autres nous flanquaient la trouille en démontrant que si on les laissait se faire phagocyter par des bactéries de chenilles processionnaires, ils se révéleraient très utiles pour l’invention d’un nouveau virus…
Le lendemain, tôt devant mon café, hirsute et tignasse en bataille, je schématisais déjà dans ma tête des dizaines de vieilles histoires, affreuses pour la plupart, mais quelques-unes suppliaient qu’on les termine. Un flash prémonitoire me fit redouter la présentation PowerPoint allant arriver ce matin. En revanche, je pensai à la soubrette carburant au rhum et aux détails de sa nuisette, ce qui ne tarda pas à me calmer. Un corps pour jouir et pour se moquer du tiers comme du quart.
La nuit. La nuit glaciale. Alors que nous crapahutions au sommet d’un palais épiscopal, trempés jusqu’aux os, nous étions tombés sur un tribun d’Ivan le Terrible, nous interdisant d’aller plus loin. Bien sûr, on avait rechigné jusqu’à que ses plaintes aient noyé toute capacité de le raisonner.
En redescendant, je commençais à dégriser, tout en matant l’obscurité parfois évanescente, d’autres fois homérique : car l’on était encore qu’au début de notre périple nous challengeant pour qu’on ne se cantonne pas à juste revenir hagard de cette longue croisade, et par ailleurs à nous venger des sévices d’Ivan le Terrible, responsable de tous nos déboires…
Avec nos complices latino-américains, on avait préparé un plan et Thompson qui avait renoncé à l’idée de venir pour faire bouger les choses, lui, se préparait à un voyage dans le temps.
Ailleurs, notre juridiction était largement aiguillonnée par l’opinion publique qui cherchait et recrutait des partisans du gonzo journalisme comme nous : des rebelles dont la particularité était d’avertir ces gens sur tout ce qu’ils ne contrôlaient plus ou ne pourraient plus contrôler.
Thompson, lui, voulait élever des enfants doués, disciplinés, poussés vers le succès, mais il redoutait que ce monde explose comme un ballon de baudruche ; c’est pourquoi quand le paroxysme dictatorial avait commencé à phagocyter même les résistants intellectuels avant-gardistes, il avait fini par se joindre à notre fédération de juristes… On l’avait retrouvé, embusqué dans le coin d’une laverie dans laquelle sa laie minaudait pour obtenir un cassoulet, immédiatement après notre mésaventure au temple sacré d’Ivan le Terrible.
Devinant notre échec, aucune parole n’avait été nécessaire pour Raoul Duke… et je me souviens qu’on avait longuement regardé la source de la laverie jaillir dans le lavoir. Et, qu’au lieu d’esquisser une tentative d’explications ou de reproches, l’observation de ses eaux calmes, profondes et insondables lui avait donné l’envie de se montrer conciliant.
Mais bientôt se remettant à la tâche, il maugréa que cela nécessitait l’ouverture d’une enquête du Parquet en avançant que tous les films en super-huit de l’élite en place, glissaient dans le registre d’une autocratie frivole : « Ces foutus guignols font rien qu’enseigner aux gosses à se trémousser. »
Les « incidents » comme la fois où nous nous sommes fourvoyés en croyant qu’une courtisane d’Ivan le Terrible nous aguichait, nous avaient permis malgré tout d’élucider certains points… Notamment quand une grande chatte sexy qui tenait un plateau de nachos nous recommanda de jeter un œil à cette bande dessinée, destinée à l’origine à l’autodafé, représentant toutes les positions du Kâma-Sûtra.
Et, dont les phylactères témoignaient de la part du Tsar Russe une certaine attirance pour les jeunes ballerines. D’infantiles adolescentes venues du Japon et se fanfreluchant pour plaire à ce vieillard en gériatrie cherchant désespérément la fontaine de jouvence. Mais d’une force herculéenne et avide de bafouer toutes les lois sur la liberté d’expression et tous les droits de l’Homme.
Mais désormais, cette nuit-là, on avait révélé, en placardant et en taguant sur tous les murs, que le Tsar était allé jusqu’à inséminer son animal domestique.
Et, qu’il exécutait ses ennemis jurés dans un quinze mètres cubes. Une chambre à gaz où ces personnes étaient entassées les unes sur les autres avant de mourir parce qu’ils avaient participé, de près comme de loin, à essayer de tuer le Boucher…
Puis, on sentit flotter un soulagement alors qu’on venait de saborder le réseau électrique de toute la ville. En pleine nuit, les lampadaires qui d’habitude émettaient une lumière azuréenne sur les immeubles de cette cité s’étaient soudainement éteints. Nous sentions plus que jamais qu’on entrait dans une nouvelle ère que même le meilleur long-métrage d’anticipation n’aurait pu prédire en cette soirée d’hiver polaire, pas même le plus doué des médiums…
Acte 2 : Les tirades de l’IA pornographique !
Bercé paresseusement par des vagues pourtant contrariées, le Nostromo, notre vaisseau de commerce, se présenta sans effort dans la baie où Thompson était là en train de citer des tirades sur l’IA pornographique !
Dans sa planque qui courait d’un labyrinthe à un autre, notre équipage débarqua…
Sur ce macadam qui cramait à cette heure chaude de la journée, tout cela nous rappela la cuisante avarie du navire lors de l’hiver dernier. Ou bien encore cet événement lorsque nous nous étions échappés après le sabotage de l’électricité de la mégalopole du Tsar.
Car, lorsque nous posâmes nos pieds nus sur la terre ferme, ces brûlures ravivèrent tous ces mauvais souvenirs se tuant à la tâche pour qu’on se souvienne bigrement bien du naufrage de notre crevettier d’origine.
Mais d’audacieux lamas, résistants et ennemis publics pour Ivan le Terrible, nous avait remis à flot, narguant sa suprématie notamment sur les ports et les chantiers navals. En mettant dans la balance tout ce que pouvait garantir leur assistance avec nos idées de hippies, on pouvait se demander si leur dévouement et leur rejet du système n’allaient pas finir par s’évanouir. Ou en tout cas ne plus être ce qu’ils étaient par rapport à leurs attentes nous concernant…
Car, à vrai dire, nous n’étions pas du genre à séparer le bon grain de l’ivraie et cette foule hagarde de moines tibétains risquait d’être fortement déconvenue.
Même déçue par nos libations extravagantes si l’on fêtait plus tard la fin de la tyrannie du monarque.
Au contraire, Magellan serait mille fois déjà arrivé en Occident quand l’on serait encore au stade d’étudier notre tour du monde une fois le tsar vaincu et renversé…
Notre intention, au départ, était de dilapider tout le butin d’Ivan le Terrible sans les dédommager ni même les remercier.
Mais pour l’instant tout le monde nous suivit jusqu’au sanctuaire d’Ivan le Terrible. Les ancêtres qui nous escortaient pourtant avec des salutations et des vœux furent malgré tout châtiés, comme les eunuques du harem tsariste.
À l’intérieur, pendant que les putes chahutaient en paniquant, nous avions durant un bout de temps cheminé jusqu’au Sacro-Saint où Ivan était en pleine partie de jambes en l’air.
Et, qui cherchait la solution idéale pour sauver son âme, aspirant à quitter les ténèbres de la vieillesse pour la lumière d’une seconde jeunesse.
Nos karts refroidissaient sous la pleine lune. On était en face de lui dans ce lupanar dont les dalles en marbre rose évoquaient un échiquier. Et, il nous parut étrange qu’il jouât les poltrons, même en compagnie d’une femme aux magnifiques yeux de jais et ne luttant même pas pendant ce kidnapping.
Une fois dans la rue, pour esquiver les gardes de son armée impériale censée protéger aussi bien sa Majesté que ses intérêts, nous cavalions en kart…
Et, l’on avait ravi au passage une Sainte icône de ce mégalo dans le but de la caricaturer au risque d’un terrible outrage !
Commençant à perdre les jantes de notre petite automobile de sport dans cette course-poursuite effrénée avec ces sbires, nous avions sollicité un vendeur de kawa qui, entre deux claques, échappa de justesse à ce qu’on lui file une raclée.
Qui s’empressa bien plus rapidement que prévu de nous « dépanner » avec de nouvelles jantes pendant qu’on avait encore une distance, entre les féaux tsaristes, suffisante pour s’arrêter quelques minutes.
Mais dans notre fuite qu’on espérait secrètement ne pas être détectée par la géolocalisation et la surveillance d’une quelconque plate-forme numérique, on avait oublié de désactiver l’application AngelOfDeath®. Dont l’IA implémentait autant des poèmes propres, nets, inodores, que leurs casuistiques et tout le formalisme de ces siècles passés à appointer aussi bien de libres penseurs que des développeurs en avance sur leur temps….
Et, que curieusement, un Bukowski de ce pays aviné avait auparavant brossé une critique virulente. Ainsi que graffité des insultes diffamatoires au détergent sur les murs du Kremlin au sujet de tout ce que ces givrés avaient créé et de tout ce qu’ils s’efforçaient de nous habituer à transférer dans notre cerveau…
Acte 3 : La nuit chaude d’Ivan le Terrible !
Ses naïades laides à mourir déparaient notre trésor de lapis-lazuli volé dans ce haut-lieu de débauche de cet oppresseur, rabrouant toutes ses geishas en kimono qui rationalisaient trop et qui s’étaient acquis malgré tout à notre cause. Parmi ces kyrielles de divinités, on ne savait pas bien lesquelles de toutes ces déités seraient avec nous comme sur un petit nuage, si par hasard, on les invoquait pour mettre fin à son régime déjà bien déliquescent…
Ou bien si on prodiguait des offrandes à l’une d’elles, elle serait capable de nous dégoter des casques indestructibles. Nécessaires lors de la conquête sur les territoires d’Ivan le Terrible. Peut-être même qu’elle deviendrait le fleuron indocile de cette émeute et de ce Projet Chaos qui avaient quitté les bas-fonds pour tramer au grand jour notre complot contre le despote au pouvoir…
Acte 4 : Il est minuit depuis toujours ou comment l’on décrit cette étrange famille de frauduleux et naïfs banqueroutiers vivant dans un terrier la nuit et accoutumée à donner à leur pisciculture ainsi qu’à leurs otaries des fongicides et où l’on découvrira qui mène la danse.
La pisciculture les ennuyait. Ils buvaient de moins en moins d’eau. Une poétesse les écrivit en morse de Tolède où ils décidèrent de s’y rendre. En remontant la Seine à tout hasard, ils entendirent un bruit sourd qui ne paraissait pas venir de leur cœur.
Le vent se leva, à l’affût effarant de tout ce qui a du succès et de leurs légendes d’ermites vivant dans des sous-sols mystérieux. Ils furent ainsi poussés nord-nord-est et se retinrent avec peine aux reliefs de leur repas de midi. Le bruit croissait. Ils gardèrent le sang-froid de leur race et purent sans naufrage accoster à la pointe d’une île arrachée au sommeil du juste…
Ils se sentirent en sécurité dans ce havre où Raoul Duke vivait nonchalamment.
Ils géocalisèrent, à l’aide d’une application d’un genre singulier, des clairières verdoyantes où toutes sortes de tralalas liturgiques s’ébauchaient. Tout autour, il y avait des huttes dont les fenêtres étaient étrangement en verre dépoli : avec Thompson, c’était la première fois qu’ils voyaient le ciel pour de vrai.
Ces lieux et ces cercles vaudous étaient sillonnés d’un ruisseau aux berges occupées par des vivisecteurs ; cours d’eau qui, conjugué à sa position retranchée, sur une colline en pente douce, théâtralisait à point le sanctuaire. Les visiteurs comme eux n’accédaient au saint des saints que revêtus d’un certain boubou obligatoire (et très cher) ; tout ça pour la seule convenance d’un seul et unique gourou. Un ténébreux éventreur jadis vendéen.
Les rangs des fidèles s’élargissaient tous les jours un peu plus au pied de l’autel : tout le monde hurlait, criait, gémissait dans une transe à dynamiter tous les coupe-circuits des appareils les plus sophistiqués. Et qui avait fait perdurer le mythe et l’existence d’un pied-bot gigantesque, couvert de pourriture, avec de petits yeux verdâtres et horrifiques…
