Poésie surréaliste NotesMat15

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La Toison de Cendrillon

Toute idée de résistance s’était progressivement évanouie ; et pour parler franco la piste qu’ils avaient rejoint avant d’entrebâiller la porte du Magic Bus, ils la jaugeaient d’un mauvais œil, boitillant dans les ordures et les gravats…
Ils fuyaient la société de consommation, étaient tous vierges, hommes et femmes confondus et les non-dits de cette secte en instance de polluer l’équilibre fragile de leur motivation du début. Quand, enfin, ils parvinrent péniblement à une intersection, l’un d’eux ne fut pas surpris de voir la lueur à quelques pâtés de maison. Il fit un pas dans cette direction, s’attendant à la voir disparaître. Mais cette fois-ci, elle ne disparut pas. Elle semblait les attendre. En s’approchant des murs de ces ruines, ils virent un veilleur de nuit débraillé et crasseux, décharné, larmoyant, un peu ratatiné, au mieux semi-tumescent, vêtu seulement d’une vieille chemise sale et de chaussettes trouées au talon.

Pour ces êtres immaculés, ils attribuèrent ses gestes comme moralement obscènes, lorsqu’il mania son phallus comme un gourdin. S’agenouillant dans la neige, ce trépané commençait à bégayer des phrases d’une histoire parodiant des films d’actrices qui se mettaient sur leur trente et un avec leur bustier, leur string en cuir festonné de serpentins. Les guérilleros de l’anti-consumérisme se dépêchèrent de passer leur chemin. Mais en continuant leur quête du van de Supertramp le Vagabond, la lumière qui faiblissait ne leur permettait pas de savoir si c’était seulement le jour qui tombait, ou le mauvais temps qui empirait. 

À en juger par ce soleil d’Alaska, ses rayons se soustrayant bientôt face à une pénombre terrifiante, ils pouvaient malgré tout et en toute logique supputer que la nuit n’allait pas traîner. La nuit. Et ce brutal désir de laisser des bubons sur la Toison de Cendrillon. Leur dogme pontifiant ayant disparu car ce fou en exil, avec son pénis raide comme un tisonnier, avait transcendé leur libido qui était inexistante jusqu’à maintenant. Aussi, après une danse burlesque, il y avait là parmi leur campement une odeur reconnaissable, tenace, un mélange de tabac, de corps mal lavés, d’huile et de cire, de sang menstruel, de moisissure, de sperme s’immisçant partout, de fleurs desséchées. 

Vagabondait aussi, entre les arêtes de poisson, les paquets de Davidoff, les cigarillos herpétiques, les tubes de dentifrice vides et les tubes de rouge à lèvres qui avaient fait leur grand retour, un vieux en soin palliatif mais bel et bien d’attaque pour que tous les spectres sortent de l’ombre en cette soirée folle. Il transportait un autre grabataire dans une étrange charrette, ses bottes projetant de la neige sur les possédés qui avaient l’air embaumés tant la mort les guettait après leur orgie éminente… 

Le rugissement lugubre du rock martelant, du vent, de la chair claquant contre la chair, ainsi que les imitations guillerettes des plus grands comiques se télescopant avec les hurlements de cette débauche.
Mais cette frénésie avait ses limites, et quand les deux infirmes prirent congé, en oubliant leur tabatière en or sur un empilement de bouteilles de butane, un silence mortel endeuilla les lieux. Non pas de ces silences qui initialisent une reddition, en tout cas pas pour l’instant, mais un silence qui fait fleurir les tombes, précède des épidémies comme la diphtérie, et qui refroidit les corps avant même qu’ils soient déjà des macchabées.

Ce fut dans cette conjoncture que Monck, l’un des esthètes de la nature sauvage, après une fièvre carabinée, s’attaqua à grimper jusqu’au sommet d’une montagne affreusement escarpée, couverte de bois et semée d’énormes blocs de pierre. Il savait que là-haut sur son plus haut plateau on avait découvert quelques ossements humains, mêlés à un amas de décombres d’un aspect bizarre. Slalomant entre les ronces et les nombreux branchages, dont certains l’avaient blessé, il commençait à comprendre à quel point il s’était fourvoyé : les évocations de ce manuel de rébellion, qu’il avait lu parmi tant d’autres préposés et qui l’avait mené à obéir aveuglément à son gourou, il les trouvait vides, superflues, et futiles — à présent, elles n’existaient plus dans son esprit, elles étaient effacées.

Car il était davantage préoccupé par la concupiscence, la sensualité de tous ses sens quand il arriva devant un champ insolite de saules qui sécrétaient des larmes de sang au lieu de la sève habituelle. Des larmes de sang dégoulinant dans une bassine qu’on avait curieusement disposé et placé pour les recueillir ; et au milieu de ces arbrisseaux un célestes cône s’élevait et sous lequel des brochettes d’étudiantes, en le guidant tout en soulevant les tentures ceinturant le cône, tapinaient pour quelques roubles…