On était en train de recenser des marécages pour la préparation de nos messes noires, et on gribouillait ce qu’on serait obligé de démentir une fois la mise en place de nos diverses stratégies quand le subalterne d’un prêtre nous reconnut sous l’arche de grès ocre, datant de l’époque napoléonienne, et qui polarisait pratiquement toutes les artères de la ville.
Ici, l’animation quasi mystique de cette petite cité d’Alaska bouillonnait, mais les murs suintaient de la même odeur que celle des infirmes barrant notre chemin. La clique de l’abbé patrouillant dès l’aurore pour nuire à des gens comme nous en s’octroyant par-dessus le marché le droit de vie ou de mort sur « les hérétiques. »
En s’échappant et en se réfugiant dans les champs de pavots que des naïades laides à mourir cultivaient, attendant de reconquérir le chaos de l’univers, on eut enfin le sentiment que les troubles à l’ordre public, que notre guérilla avait fait naître, avaient quand même le goût de la ferveur la plus mystique…
