Poésie surréaliste NotesMat15

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Ombres et mystères

Après un café corsé, dans une sacristie située à côté d’une abside, mon cri aussi strident que désopilant les fit pleurer de rire. Pas comme lorsqu’on entend un truc amusant. Non. Comme lorsqu’on est estomaqué. 
Lorsqu’un bruit de bois brisé les interrompit, j’étais en train d’ânonner ce qu’on devait faire pour empailler cet animal nous persécutant depuis que les ombres dépendaient de notre silence… Elles bougeaient seulement pendant nos périodes de sommeil paradoxal, recouvrant par vagues le crépis jaune, les enchevêtrements croulants de nos toits en bâtière. Puis ces âmes drapées dans des fourrures qu’elles avaient volées à des légumes en soin palliatif, avaient, il y a quelques mois, naufragé ici, en quête de leurs proies innommables. 

Mais pour en revenir à ces gens facétieux qui avaient débarqué dans cette église sans en être invités, ils n’avaient pas chômé pour altérer la perception du temps et de l’espace, obéissant à un grand ordre cosmique. Et la lumière matinale qui entrait à flots par la fenêtre augurait pour eux un jour à boire de la vodka dès potron-minet… d’ailleurs je venais de voir à l’instant l’un d’eux, ivre, fendre en rugissant la tête de l’abbé Tugga. 

Depuis trop longtemps j’avais pris la vie comme elle vient et n’avais jamais douté de la réalité.
Jusqu’à ce matin. Et pas qu’un peu. 
Et il y avait quelque chose d’écœurant qui avait fait tourner dans l’air les âmes parasites de leur épouse, quelque chose qui avait moisi, se souvenant très bien de leurs mécanismes introspectifs. Mais aussi de leur malignité souterraine que des nains de jardins maquillés pour ressembler à des elfes célébraient jadis en se salissant par une danse dans la boue d’un vert reptilien.