Poésie surréaliste NotesMat15

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Que la nuit demeure

Tout avait changé. À commencer par mon répertoire téléphonique, car à la place de mon père il y avait un certain Nixon, l’ancien homme politique américain avec, bien sûr, un numéro différent de celui de mon géniteur. Et pareil pour mon carnet d’adresse, celle de ma mère était devenue celle d’une personne répondant au nom d’Aledia et habitant au 13 rue des orfèvres.
Puis, en sortant de chez moi, le GPS de mon téléphone ne m’assistait plus du tout. J’étais arrivé dans un domaine viticole où des hommes barbus et en capuche s’étaient rassemblés pour se renseigner sur le mildiou. Et pendant que l’un d’eux rafistolait le pot d’échappement de sa vieille Honda Civic, des messages archivés et impossibles à enlever envahissaient toute la boite de réception de mon portable.
Le type qui avait fini par réparer, remplissait son thermos de café noir et prit ensuite la direction du Nord. Une fille nymphomane – c’était un fait avéré et indiscutable- l’attendait là-bas. Et là et même sur internet j’appris que toute une kyrielle de dissidences brûlait des barils de pétrole. Et le soleil crevait doucement, asphyxié par l’ombre et surtout la fumée, de vilaines fumées jaunes et fuyantes qui faisaient pleuvoir sur les arbres séculaires du limon et du gel, générant un chaos bien plus évocateur qu’il n’en paraissait quand elle tombait sur la carcasse crissante des bagnoles. Je ne disposais pas des ressources nécessaire pour mener ce genre d’enquête mais la suite des événements n’allait pas tarder à faire valdinguer toutes mes croyances et certitudes…

À l’époque où j’avais trouvé cette paperasse sur le napalm, j’avais saboté ces données informatiques militaires pour découvrir où et quand les vies de Nixon et d’Aledia s’étaient croisées. Les ramenant dans le registre des œuvres pour le grand public, j’en avais fait un livre que les jocrisses s’en servaient pour haranguer une pluralité de délégués gauchistes ; ils étaient tous ivres, ce soir-là, et étaient en train de racoler quelques putes venant de Karachi sûrement. Ils étaient probablement plus ivres qu’un régiment de polonais carburant à la vodka mais cette probabilité n’allait pas les empêcher de s’accoupler malgré tout avec d’autres couillons. Notamment lors de l’incendie que les algorithmes avait prédit comme le plus grand brasier et le plus important regroupement des inquisiteurs. À ne plus savoir où donner de la tête quand leurs ennemis ébruiteraient la rumeur d’une révolte…
Mais pour l’instant, ma camionnette blanche au pneu à plat tremblait sur cette route alternant entre des sentiers de quartz gelé et des branches de sureau sur le sol glacial dont le compactage était loin d’estomper les cahots du chemin… Puis parvenant dans un rayon de moins de dix kilomètres de cette mer où les gens des chaluts toisaient au crépuscule les goélands aux ailes d’au moins trois mètres de long, des sortes de gruaux d’avoine tombant du ciel salirent mon pare-brise. Et tous les chiens à la ronde avaient aboyé avec obstination durant cette nuit. Un autre fait moins digne d’intérêt était l’identité de cette cinglée, membre d’une branche dégénérée des Whateley, qui à la descente de mon véhicule avait tenté de marchander ce que des soi-disant « artistes » avaient rapiécé à partir d’ombrelles déchirées pour en faire des haillons.
Une piste, c’est tout ce que je demande. Une piste que je pourrai suivre. Jusqu’en Enfer, s’il le faut. Mais le peu de sagacité qu’il me restait, me fit ignorer ses légendes impromptues évoquant des odeurs pestilentielles senties à proximité du lieu où j’allais braconner afin de survivre en pleine nature, laissant tomber tout ce qui était numérique et donc pas fiable.