Après un cauchemar particulièrement violent, je l’ai trouvée debout près de son lit, nue et en larmes. Elle était devenue d’une maigreur effrayante. Sa chemise de nuit était décolorée suite à de nombreuses tâches provenant sans doute d’une chope de bière…
Sidney ne me laissait pas lui changer de pansements. Elle le faisait elle-même dans la salle de bain. Elle s’était même assise, pour fumer sa putain de cigarette, sur un tas de singes en peluche, après avoir fait un tour dans les labours du champ d’à côté, en terrorisant ces grands chevaux dont l’encolure était, comme elle sur le visage, parsemée de cicatrices.
Je m’étais donné une page et un temps déterminé (environ jusqu’à cinq heures du matin) pour écrire sur ce sujet, sur son histoire dont même l’inaltérabilité du temps ne pouvait se rassasier. Et je jonglais de temps en temps entre ce texte et une kyrielle de chaînes internationales en direct où je voyais qu’à la frontière iranienne un pipeline incendié polluait les rivières en contrebas.
Je tentais de convaincre le lecteur que les blasphèmes à Allah ainsi que les tournoiements des corbeaux et des vautours, même à force de les entendre et de les voir à peu près partout, restaient de mauvais augures… certes manquant de complaisance sous ma plume mais ne lésinant pas sur les scénarios apocalyptiques…
Dans le clair-obscur du salon, après avoir fiévreusement écrit et m’exténué sur la description d’un jeune homme dégingandé, je me disais que les pourparlers, que ce soit avec Sidney ou entre les diplomates des différents pays en faveur de la paix, n’étaient, tout aussi finalement, que des imprécations. Ils avaient beau s’indigner de la situation, les belles paroles s’évaporaient et bientôt concluaient sur une malédiction, tout comme j’avais du mal à négocier pour qu’elle me montre son sourire de Glasgow.
Aussi appelée sourire de l’ange, cette balafre, causée par l’élargissement au couteau de sa bouche jusqu’aux oreilles, me préoccupait et avait toute la typicité explicite d’un crime odieux. Et tout ça, pour un vol, pour la modique somme d’une pièce de cinquante cents, ou d’un penny…
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Ghostface, sous des cieux gris de cristal qui s’évasaient visqueusement, ressentait une pointe de lassitude. Pourtant, il se laissa emporter, une fois encore, par la contemplation du mur face à lui, et dont le moellon était graffité de tout ce que son gang lui avait commandité. Le dilemme pour ce Billy Loomis se résumait à choisir entre sa peur maladive de terminer au bagne et sa passion funeste dont il ne se lasserait définitivement jamais ; il se demandait, dans un éclair de lucidité, si le vieux zigue de son carcel ne se servait pas de lui, si son envoûtant charabia allait finir par sous-entendre un jour qu’il n’était plus d’aucune utilité.
Contournant une bouche d’égout où un petit garçon nommé George Choplif avait perdu ce qui ne semblait être qu’un point brillant, la lumière des néons lui blessait les yeux, et plus il essayait de se raisonner, plus la morbide danse de la mort l’invitait à frapper de sa lame aiguisée dans les bacchanales les plus sanglantes.
À l’affût du moindre bruit et de la plus infime rognure de ragot, il s’approcha du drugstore où par manque de pige j’avais été contraint de travailler. Sa folie dantesque et meurtrière faisait déjà trembler fébrilement les spectateurs des journaux télévisés…
