Poésie surréaliste NotesMat15

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À rebours une mystérieuse Présence

Rêves matriciels et Présence fantomatique

« La matrice est universelle, elle est omniprésente. Elle est avec nous ici en ce moment même. Tu la vois chaque fois que tu regardes par la fenêtre, ou lorsque tu allumes la télévision. Tu ressens sa Présence quand tu pars au travail, quand tu vas à l’église ou quand tu payes tes factures. Elle est le monde qu’on superpose à ton regard pour t’empêcher de voir la vérité. » 

À quelques milliards de kilomètres de notre brick au large en face de Sa villa et de ses dépendances qui formaient un promontoire suffisamment large pour que Ses enfants incestueux ne puissent, d’une extrémité à l’autre, nous commissionner leurs bizarres dessins de pont, on s’évertuait pour l’instant à simplement observer.

Elle s’étendait, se dispersait dans les ténèbres pendant que nos incubes se tuaient à la tâche, ces démons boulottant uniquement pendant leur incubation artificielle. 
Un genre de transition ringarde grenouillait dans nos radios en crépitant et pour que les inspecteurs et les contrôleurs des impôts ne puissent nous retrouver et échafauder notre déplafonnement social, on La vénérait fervemment. 
Mais après avoir scindé nos foules barbares avec tout un arsenal d’armes blanches appartenant à Sa horde qui nous harcelait, nous espionnait, Elle était devenue semblable à ce qu’on appelait communément La Présence… Ou, en tous cas, était en état latent à le devenir car pendant de longues guerres dont les armes venaient étrangement d’un magasin de farces et attrapes, les âmes tombées au combat l’avaient pouponnée, bercé lors de leurs fêtes amoureuses, jusqu’à nous dissuader de rengréner un nouveau conflit avant l’éclosion de Ses œufs.
Lorsqu’Elle avait rappliqué, les rumeurs excitèrent suffisamment la curiosité de certains habitants du bourg pour les pousser à épier presque chaque nuit Son chromatique et légendaire couchant qui paissait. 

Si Elle n’était pas morte, sentirait-elle quand même son corps ? 

Livrant bataille du haut de Ses façades circulaires, il faut l’avouer qu’Elle était un être extraordinaire mais aussi une sorte de gaze noire et stellaire à elle-seule : Elle faisait tourbillonner les sept mers, chargées de flottes orphéoniques, au risque de s’engloutir dans les plis de leur néant, tempêtant si bien que le long de notre coque et autour de notre steerage le bruit des vagues s’entendait à plus de mille lieues tout en l’aidant à se métamorphoser… 

Des cieux gris de cristal s’évasèrent visqueusement, pionniers dans leur domaine pour transformer l’ovale immense du lac, où l’on se désaltérait en remplissant nos mignonnettes, en cercle de Bakélite. Alors Son fantôme se repliait afin d’entendre ce que l’on entendait, comprendre ce que l’on comprenait. Et sur la pente des talus, des anges crépusculaires se pavanaient et célébraient la vie de bohème de nos monstres étant leurs sous-fifres mais sans jamais les « profiler » et sans leur octroyer du temps pour assigner notre IA à quelque chose de limpide.

D’ailleurs, sur le viaduc enjambant Ses océans dont les feux grégeois tentaient de reconquérir des territoires maritimes, arabisants, les grondements des moteurs sous nos railways, nos centrales nucléaires ne s’arrêtant jamais de turbiner, les cris de douleur, la chair suppliciée, attachée à un lourd carcan, de nos parasites que les premiers Hommes avaient craint dès la préhistoire, tous ces bruits s’étaient propagés à travers la matière et continuaient à résonner, de moins en moins fort, comme une onde de basse sourde et presque effacée… 

Une nuée de Ses esclaves, dont la tête n’était autre qu’une étonnant et long pier en bois dont nos scies circulaires ne venaient jamais à bout, détournait l’attention ; de plus ils étaient d’excellents drivers de chiens d’attelage mais en revanche de bravaches bâtisseurs d’igloos et de cavernes arctiques. 
La faim et le froid allant venir, malgré tous ces gueux déterminés à dépêtrer du chaos polaire nos refuges, on accosta un soir sur une plage que l’hiver, ici moins écumeux, fardait seulement d’une légère poussière de gel. Comme l’aube d’or qui dormait pendant la naissance de Ses sextuplés. Et qui plus tard dérègleraient, sans changer un iota le code binaire de tous les ordinateurs, les systèmes électroniques universels. Ils massacreront ainsi les révoltes logiques dans ce monde qui est encore le nôtre mais déjà en manque de lumière et flottant dans les vastes ténèbres.

Cependant, des trésors dormaient sous la neige durcie, épaisse comme un blindage et qu’on ne retrouvait que dans leur ville monstrueuse. Celle-ci était surchauffée d’excitation, de ferveur, et d’effervescence et on lui préférait largement l’humidité sylvestre de notre tombeau, blanchi à la chaux avec les lignes du ciment en relief – très loin sous terre.

Et où je m’étais réfugié, cataloguant ce qu’il restait de nos derricks, de nos grands mâts de métal, de nos câbles aussi que l’on avait, en fouinant un van aménagé, perquisitionné avant Son arrivée. 
Un van qui ne roulait plus depuis des lustres et dont Elle était le moteur par la pensée.

Et qu’un effet de synesthésie complexifiait mystérieusement les circuits de nos cerveaux. Notre équipe d’une douzaine de chercheurs devait fuir au plus vite, se cachant dans un laboratoire qu’ils avaient aménagé jadis, après les attentats de Paris, le 13 novembre 2015.

Nos yeux flambaient blêmissant même les enivrements les plus saints, Son sang chantait en ébauchant des embrasements souterrains au fond du creuset où nos os s’élargissaient dans cette étuve, enfin nos larmes et des filets rouges ruisselaient comme des semences qui s’entremêlaient ainsi subtilement, les unes par rapport aux autres, avec les différentes eaux de vie, grises et bleues, larges comme un bras de mer !