Poésie surréaliste NotesMat15

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Des poignées de Soleil Vert !

Cette nudité ancrée dans la rétine des gens qui ne nous voyaient pas et que je retrouvais au fond d’un grand rift, à la fin d’une république sans histoire, ne nous gênait pas.

Même nue dans les rizières surnaturelles et moi couché sur le sol du sanctuaire matriciel une bonne fois pour toutes, nous tombions toujours plus bas dans ce gouffre que les samouraïs informatiques, après plusieurs tentatives et sans-façon, amorçaient ; la romance entre nous deux n’influençait pas non plus l’arrêt ou non des larmes de Cornélius, le Grand Architecte de la Matrice mais nous lui apportions au prétérit une beauté spartiate : quelque chose comme un message impalpable avant notre propre mort. Une chronique d’un suicide réussi enfin.

Moi-aussi j’étais presque entièrement déshabillé, seulement couvert de guirlandes de Noël qui clignotaient encore, croisant beaucoup de monde pourtant ; du monde qui, un plus loin, baissait leurs chapeaux hauts-de-forme.

Et parmi eux un groupe de Grunge, des adolescents boueux qui, sans dérision, auraient payé cher pour me voir pendu : araignée pendue au bout de son fil avec, comme seule étoile à décrocher, des visions des Enfers que même que les sorciers et les sorcières les plus expérimentés n’étaient pas prêt à échanger avec Satan. Elle continua alors son chemin, infirmière de première année ne se rendant même pas compte de tout le mal qu’elle avait engendré… Engendré et commis de sa force féminine, la plus forte de toutes, que le Maître des clés n’arrivait pas à acquérir…

Ce maître des clés qui en cette matière noble (la sorcellerie ou la drogue sous toutes ses formes) avait fait vœu de ne pas décevoir ces âmes dont il avait pris possession et, sous les yeux de la jeune fille, il fit apparaître dans son esprit innocent les premières hésitations, préludes qu’on pourrait comparer aux symptômes d’une maladie irrévocable par rapport à la malédiction infligée en elle-même et pour elle-même.

Est-ce que j’allais trouver quelqu’un pour creuser ma tombe ? Car dans la vie il n’y avait que deux catégories, deux uniques penseurs : en symbiose dans ce cocon matriciel, mais une fois nés ils ne pouvaient produire, même si c’était par alternance, que des rêves noirs de dépression grave et de doutes, de petites estimes d’eux-mêmes.

Le fardeau était trop lourd à porter : à tel point que l’hypocrisie elle-même ne pouvait rester plus longtemps dans le lot, à tel point qu’il ne fut pas surpris, le maître des clés, symbolisé par la carte du tarot le mat, ou le fou aux échecs, quand il nous vit quelques années plus tard (le temps importe peu) rejoindre ses rangs et nous reléguer ainsi au statut d’esclaves du genre obscurantisme insipide, grégarisme de moutons aux yeux révulsés, animaux huileux et flasques qui hurlaient de rire dans la tourmente et crachaient leurs venins pour faire semblant d’exister par eux-mêmes.

Cornélius ressentait une grande tristesse de me voir pas du tout au niveau, de m’examiner perdu dans mes lignes de codes qui ne généraient, en période moderne, qu’un Moonwalk exécuté tous les cinq cents ans ; en tant que participant au Grand Projet des Machines voulant tout informatiser, il fallait me ressaisir, apprendre plus des entrailles de l’ordinateur sur lequel j’étais penché, démarrer une nouvelle page web par une architecture spirituelle fulgurante et ce fut alors la révélation lorsque je débranchai quelques récalcitrants, des rebelles qui ne pouvaient plus subir le joug des Machines, pour les inciter à me montrer comment fonctionnaient, avec leur excès de zèle, les tribulations d’un hominidé sur une planète qu’ils s’empressaient de détruire…

Mais si tu veux connaître tous les secrets de la matrice, tu devras l’explorer par toi-même, avait dit le vieillard, quelques pétales de ciel blanc fusionnant avec l’élément le plus proche : la Terre où des millions de hackers comme toi, arrachés à leurs seules préoccupations, sont inhumés avant même d’être guidés par la nuit de l’oracle…

L’oracle ?

Traînant à sa suite, les serpentins de leurs braies et cottes de maille en lambeaux, des poignées de Soleil Vert fascinant, comme aiguillonnés par les cris des sauvages locaux chaque fois qu’elles hésitaient à continuer la route, enfiévraient les circonvolutions cérébrales de la médium de cet Oracle et s’avachissaient aussi sur mes chaussures noires : une somme d’informations qui étaient purement numériques pour la Géosphère des ténèbres, en s’enfonçant toujours plus loin dans leurs matrices chiffrées excessivement à l’excès.