Poésie surréaliste NotesMat15

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Entre Temps, Brusquement, Et Ensuite.

C’est fini. Pendant un instant il a pu croire qu’il n’existait plus. Sans bien savoir pendant combien de temps. Métrages perdus.

Des fragments de papier déchiqueté tombent comme de la neige, et Mokrane Kaphrium avec ses jambes de coureurs parcourent ces rues gelées tandis que des scories, les débris d’un feuilleton, voltigent dans l’air. Des objectifs de caméra font scintiller ces amas blancs qui échouent dans le caniveau, le long de la route jusqu’à Kirkuk. Reflétant aussi la lumière des enseignes et des devantures. Le vent lui hurle que son itinéraire est confus, s’engouffrant dans les brèches et les gouffres de la ville, et le journaliste d’investigation ne peut s’en échapper qu’à grande peine… Il lui semble que ces rafales orchestrent les grommellements des moteurs, le fracas des Klaxons et des accidents de voitures ; ses bloc-notes encombrent la gadoue et ne sont finalement que des prétextes pour écrire cet article réclamé par son boss que bien plus tard. Alors que leur encre se transforme en taches dénuées de sens, il aperçoit des bobines de bandes audio déborder des corbeilles métalliques ainsi que des sachets de Séminale vides qui l’ont mis dans cet état.

Quelques heures auparavant.

– Nous sommes rassemblés ce soir, comme vous le savez tous, afin de célébrer la première mondiale de l’extraordinaire performance qu’à accomplie notre soeur virtuose du reportage de terrain, et afin de rendre hommage à un homme qui n’est pas seulement un brillant interprète et une image vivante en soi, mais qui est également la vie et l’âme mêmes de la ville, la racine radicale de notre conscience politique et historique, le ressort principal de notre politique municipale. D’ailleurs, on pourrait dire, sur un plan plus élevé, que c’est lui le maître, et nous, à la Mairie, qui sommes ses servantes.

Joseph Merrick se tourne vers Martina Poel à la langue d’argent, comme pour s’intéresser à toutes ces balivernes politiques, et se retrouve en face d’un écran récapitulant les grands axes de cette keynote ; puis on voit des jonques flottant sur une eau sombre et que des pêcheurs s’efforcent de vider. Elles semblent perdues parmi toutes ces nuées d’albatros qui n’ont d’autre mission que de s’alimenter avant de fuir le Carnage.

Ce massacre que le monde d’en bas, le monde des égouts, prépare minutieusement depuis des millénaires païens ; c’est à cela qu’il pense, alors que peu à peu sur cet écran apparait une image, tout d’abord floue et indistincte, puis plus nette : un homme qui marche sur le parapet perché d’un immeuble, visiblement victime de la même fièvre que lui des années auparavant, ce qu’il a déjà vécu douloureusement… Mais peut-être ne marche-t-il pas ; le bâtiment est en mouvement mais l’homme, figé et solitaire, ne bouge pas.