Poésie surréaliste NotesMat15

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La modeste Histoire des copeaux de bois

C’était avant le lever du soleil ; clémente était notre rédemption en gardant toute sa vigueur mystique et cinématographiques étaient les desseins de nos vies antérieures. Leurs équations improvisaient de charmantes révolutions en se transférant dans nos organes et elles se confondaient avec les copeaux de bois tombant comme la carcasse de notre van.

Des copeaux de bois qui grillaient en répandant un parfum de muses sacrées, de Vénus noire hallucinée et tout près de ces tisons et de ces flammes, le secret de notre clé USB brûlait jusqu’à se rembrunir. Et pour molester leur faille ou leur contrôle autoritaire, nos pensées guindées, transitives, devaient dépasser le stade de la simple coordination. Ils enfantaient et parachevaient l’œuvre morphologiquement, objectivement bien foutue que nous avions sauvegardé sur tous nos serveurs locaux.

Mais pour capter leur quintessence sur nos feuillets comme une épreuve éliminatoire, nous étions en fin de compte obligés de faire avec, avec cette discordance : cette Journée-de-notre-vie éprouvante, désaccordée quand le moral était au fond des bottes… s’immisçant dans notre planning par des veillées d’armes contemplatives, cette journée s’était malgré tout prêtée au jeu – au jeu traumatisant, presque outrageant, de ce lever du soleil – et elle avait, par pelletée incompréhensible, vendu notre âme au diable.
Ce diable qui nous rabâchait chaque année des zéros et des uns statistiquement découpés aux ciseaux dans notre bureau !

C’était avant le lever du soleil, singeant les pitreries des muses baudelairiennes était notre momification, un brin formaliste et presque mondain était notre amour physique et comme les films de Kubrick, nos vies antérieures improvisaient des scènes étranges, aussi étranges que cette pluie de copeaux de bois ; des copeaux qui grillaient en répandant un parfum de muscades fâchées, de blagues graveleuses, et nous trinquions alors pour éponger le grand hasard qui s’en allait avec nous dans la brume. C’était avant le lever du soleil, mais cet astre sécrétait déjà dans son coma artificiel les pensées des survivants qui avaient réussi à lui échapper ; de fantomatiques pensées morbides qui imitaient les messages laissés sur le répondeur de notre téléphone, le trouble s’étant prolongé, puis dissipé, comme un implant dans notre cerveau évanescent !