Poésie surréaliste NotesMat15

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Les ombres surannées

Des gens surannés aimant l’obsolescence et tout un tas de choses désuètes. Des pétales de tulipes, de roses et de camélias comme couverture pour les naïades et la blancheur laiteuse d’un feuillage pour leur palette chromatique.
Et en un instant, alors qu’il y a du givre sur notre voiture cabossée, et après avoir gravi le monticule de roche et de terre, je lève le bras et saisis une feuille entre mes doigts : elle est totalement blanche, immaculée. Au centre, je note une sorte de renflement bombé, irrigué de nervures. Lorsque j’effleure sa surface parcheminée, cette étrange paupière s’ouvre sur un œil rouge, et je sens un regard vivant se poser sur moi. Effrayé, je lâche la feuille qui retourne se perdre dans la frondaison. Toutes les feuilles sont identiques, toutes ont été dessinées et créées par des ombres recherchant la trêve nocturne.
Et à présent pour chacune de leur fiche, pour chacune de leurs aiguilles qu’elles voudraient semer dans les bottes de foin, elles changent le temps et le cours des événements en statistiques froides… cependant j’ai le sentiment qu’elles ont encore sous le coude d’autres transformations surréalistes ainsi que d’autres visions vertigineuses.