Quand je lui demandais de répéter un paragraphe, ou juste un mot, j’imaginais et anticipais pour elle des éléments perturbateurs manquants, des scènes de Kâma-Sûtra dans le lit de John Fante.
J’observais minutieusement ses seins et son corps nu ; elle jetait des coups d’œil suspicieux à cette bulle lactée en forme de nuage qui s’était formé au-dessus de ma tête. Elle lisait doucement, comme pour faire s’éterniser les heures, bercée par des idées gentiment sentimentales. Ce qui avait pour effet de ranimer autant la férocité que le psychédélisme de cette folle soirée qu’on avait vécu ; cette drôle de soirée qui compensait largement les égarements, les errements de tous ces enfants aveugles, interchangeables qu’on n’avait pas eu.
Pour rajouter du désordre à ce huis-clos, il y avait aussi, éparpillées sur le parquet de notre chambre, quelques coupures de presse qui faisaient allusion à sa folie, à son excentricité. Et, tandis que les enquêteurs s’égaraient dans des détails inutiles au sujet d’un meurtre passé, elle roulait ses yeux blancs et vitreux et magouillait avec la nuit pour qu’elle dure plus longtemps, cette nuit qu’on aimait pour l’amour de la nuit.
