Les grands bois sentaient la sève, et le soleil sablait d’or fin leurs fantomatiques rêves sombres et vermeils. Lentement, après m’être couché dans les glaïeuls, je regagnais la ravine où les ténèbres de manière impromptue assombrissaient toujours les maigres rayons du soleil… Nixon réfléchissait sur la façon d’exorciser les poupons démoniaques de la Vénus de Laussel que cette figurine préhistorique, pourtant nullipare, avait malgré tout enfantée… Je pouvais presque entendre les roues, tout aussi dentées que crénelées comme la mâchoire d’une vieille, s’engrener en cliquetant dans son cerveau. Il tisonnait le sable avec sa canne à pomme, pour dessiner sûrement un pentacle de protection ou pour interroger les auspices.
Ces poupards en pleurs suivaient de puissants bulldozers qui entreposaient des tonnes de terre — le sol pauvre et acide par tant d’excréments d’oiseaux marins semblait fulminer comme les rayons de cette fin d’après-midi
Ce n’était peut-être que les derniers vestiges du soleil couchant, mais pour moi ça ressemblait à l’ornementation classique d’Halloween et à la lueur des bougies qui devaient maintenant scintiller à travers toute la ville dans toutes les citrouilles creusées en forme de lanternes.
Et lorsqu’on dormait — un rêve où tremblait une mer de topazes — on associait cette odeur de bois suant dans l’âtre d’à côté à cette grande fête qui pointait à l’horizon. La danse et les orgies : la véritable mécanique de l’univers. Les raclées lors des bacchanales de ces derviches tourneurs qu’on n’allait pas pondérer sous les quolibets des tamarins et les sabordages meurtriers de leurs cours de swing : la catégorie super-lourd dans le domaine des embrasements restant à suivre pour faire notre numéro de terroristes politico-militaires, d’idéologues djihadistes…
Les fleurs rouies dans la nacre de l’aube suivante réapparaissant lors de notre réveil, on récapitulait, sur la restanque de cette mangrove alanguie, tout ce qu’on attribuait aux effets de la mescaline sur ces danseurs étranges. Ceci afin qu’ils nous identifient comme étant des leurs lorsqu’on passerait leurs portes avant de s’assurer qu’on était bien dans leur sacro-saint, avant de se quereller avec eux.
Sur la nitroglycérine aussi on n’avait pas lésiné, et avec entrain on s’était convaincu qu’ils se mouvraient dans les deux directions opposées de cette étable tellement mal proportionnée qu’elle compliquait les essais de fuite sous fonds de musique tout aussi électro que fédérative.
Donc on les avait rejoints sur leur piste de danse où plusieurs mégots écrasés gisaient parmi le fumier encore chaud, et leurs cris de douleur n’avaient déclinés qu’au crépuscule venant à point nommé et les chants des hommes et des femmes s’étaient arrêtés soudainement. Tout comme les cithares ne vrombissant plus.
Avec toute la légendaire et brutale intrépidité qu’on faisait pour l’instant qu’ébaucher. En tous cas, pas assez pour que les crieurs du soir apprennent aux habitants du bourg voisin le scoop de notre tuerie dont les derniers survivants s’aventuraient dans les souterrains pour se cacher.
Mais aussi pas encore assez fredonné par des saltimbanques désireux de faire frémir leurs souverains occidentaux sur leur trône ocreux.
Juste suffisamment pour qu’un artiste ridiculise et blasphème les Allah Akbar qu’on avait gueulé avant d’ouvrir le feu et dont l’organisation nous avait commissionné afin qu’il n’y ait pas de manqué dans leurs propagandes publicitaires à travers le monde médiatique.
Ce baladin, assis parmi les rats qui par leurs déjections après avoir mangé son lourd pain blond, coloraient les cases de son échiquier losangé, pressentait violemment que le bas-ventre volumineux de notre « œuvre d’art » régressive s’embossait non seulement de sextuplés allant naître pendant les saints de glace mais aussi contenant de surprenants embryons d’autres rats, racés à un point tel que, même fermement garrottés par le cordon ombilical, et à peine indisposés par leur manque d’espace demeurant toutefois tendancieux car sa grossesse était monstrueuse, ces rongeurs profitaient de cet état latent pour plonger la Vénus de Laussel au rang des valétudinaires sénescentes.
Mais aussi pour la matérialiser en chair et en os après cette gestation longuement semblable à l’éternité des galaxies infinies !
Ici dans cette zone semi-aride et dans leur chambre nue aux persiennes closes, âcrement prise d’humidité, ces cercles de poètes dont le troubadour faisait partie, avaient mûrement soigné leur mise, s’emmitouflant dans d’introuvables coupe-vents, quand cette diablesse des temps préhistoriques rentrait complétement pétée, la jupe de travers, le chemisier à moitié déboutonné, les cheveux en bataille et le poil chenu de chagrin.
Sans oublier le rouge à lèvres étalé sur son visage…
Et ses connaissances encyclopédiques sur les runes de cette cour des miracles qu’elle avait glané en ayant écumé les zincs les plus occultes et les plus louches, mais aussi les bibliothèques et les librairies les plus ésotériques.
En les rejoignant dans cette garçonnière au cœur de notre cité, elle avait l’âme si ravie sous ses haillons que, malgré le feeling pas vraiment laxiste de tous ces écrivains maudits, elle entonnait des chansons grivoises à son arrivée.
Puis appariant inconsidérément son appareil électronique high-tech avec le multiprocesseur potentialisant les stratégies les plus complexes de leur échiquier virtuel, elle ne savait pas encore qu’elle allait faire chauffer outre-mesure leur disque dur ainsi que leur serveur et leur NAS déjà chaud comme un sein. En les voyant se dérégler, Mike se mit à brailler qu’elle l’avait subjugué en troquant ce qui était indispensable à l’âpre fonctionnement des machines avec ce qu’elle prisait, c’est à dire détenir et comprendre les tenants et aboutissements universels si elle parvenait à tous les débrancher, leurs octroyant la liberté de ces esclaves autant bénie qu’ardemment convoitée…
Le reset de l’ordinateur avait eu pour conséquence de faire clignoter le voyant de la webcam, et de circonscrire le taux de rentabilité des actionnaires théorisant et spéculant pour que l’augmentation des barils de pétrole soit bien actualisée afin de pas la retarder suite à la potentielle découverte d’un nouveau gisement. Ils tremblaient comme des spectres.
Emmagasinant des données, dont elle avait fait des recherches au préalable sur ce dispositif de stockage de grande capacité, elle était maintenant en mesure de circonvenir la probité tout comme la perspicacité de ces traders connectés à ce même réseau…
Quittant les grands bois sans mon coéquipier djihadiste je me figeai dans l’ombre, soulagé de n’avoir pas été comme lui embrigadé dans une autre opération de guerre sainte, et hélais le premier venu, un paysan écolo, en train de rempoter un arbrisseau dont l’ombre pâle et frissonnante aurait été surpassée en description horrifique par Lovecraft lui-même !
*
Mon collègue mercenaire avait pris des photos. C’était des années avant que la micro-informatique permette une satisfaction immédiate, mais je découvris les clichés par la suite, quand il les eut tirés dans sa chambre noire. Ils étaient décevants.
Des cercles au-dessus de tous ces crânes sombres qu’on avait perforé. Auparavant j’avais vu des photos de tortures par des officiers américains non identifiés et là aussi, c’était généralement décevant.
On distinguait quand même des formes floues qui devaient appartenir à cette cinglée, membre d’une branche dégénérée des Whateley, et qu’on avait épargné par manque de balles.
« J’espère qu’on verra mieux sur les autres photos, soupira-t-il. Parce ce que là, c’est nul. »
J’examinai également ses dessins sans une seule chance de succès qu’ils me révèlent si la main droite de la fanatique tenait un croissant lunaire ou une corne de bison.
Alertés par un informateur anonyme, on savait maintenant que ceux-ci étaient censés nous amener à « La crypte de l’Homme aux réponses. »
* « La Vénus est représentée de face. Elle tient dans sa main droite un croissant lunaire ou une corne de bison qui pourrait, selon Waldemar Deonna (1913), représenter une corne d’abondance. »
« Sur cette corne se trouvent 13 encoches ; certains chercheurs ont suggéré qu’elles pourraient représenter les 13 cycles lunaires annuels ou des cycles menstruels (calendrier obstétrical d’une femme enceinte) ; sa main gauche est posée sur son ventre, ce qui pourrait indiquer qu’elle est enceinte. Ce qui semble être sa chevelure tombe sur son épaule gauche. Comme chez toutes les Vénus paléolithiques, on retrouve un certain nombre de conventions figuratives, avec certaines parties exagérément développées comme l’abdomen, les hanches, les seins, les fesses et la vulve, alors que d’autres sont absentes comme les pieds et le visage, tourné vers la corne. »
Seule la folie nous attendait. Seule l’Étoile Noire de Star Wars aurait pu encore nous accueillir…
Les watts du moteur de nos vélos à assistance électrique commençaient à psalmodier leurs objurgations quand nous dépassâmes la deuxième et dernière rangée de végétaux du lotissement, nous obligeant à les pousser à la fin ; ce qui avait courbaturé nos jambes plombées, surtout à la fin de la montée sans ascenseur jusqu’au douzième étage de cet immeuble. Le légiste était déjà là. Mike était accompagné de deux agents de police…. Et lorgnait sur le macchabée incendié. La dépouille de cette tarée dépendant de cette secte furetant parmi les antiquaires pour sacraliser ensuite ces objets vendus à peine plus d’un Penny, se vautrait dans un bain de sang… ayant traversé, avant de s’immoler, les parpaings fragiles du mur d’en face !
*
La Vénus d’argent du radiateur de ma « Rolls-Royce Phantom » avançait en éclaireur.
Les grandes lois de la physique dans ce grimoire que je tenais d’une main, l’autre maintenant le volant pour ne pas dévier du chemin malgré les cahots de la route, m’apprirent que ce que l’on croyait longuement disparu et que l’on avait mûrement toujours caché dans la pénombre, jamais placardé sur les murs, réapparaissait aussi brièvement que classiquement le jour d’Halloween….
Le crépuscule, rougissant encore plus que la veille, teintait non seulement la corne de bison mais aussi les os noirs de cette folle des Whateley et qui étaient sur la boîte à gants de la bagnole.
Plus tard en croisant sur l’autoroute un pick-up, je fus horrifié par mon propre reflet dans le rétroviseur. Et effrayé par la simple lumière des réverbères ; même les mouches avaient un bourdonnement menaçant, et pullulaient en s’accouplant sans relâche malgré la température glaciale.
S’acoquinant sous les treize encoches de la corne pouvant potentiellement servir de repère, et alerter sur les cycles lunaires annuels ou des cycles menstruels, elles annonçaient sans le savoir l’Heure de la Vérité et la Justice.
Quelques heures après, avec Mike, on avait surveillé ensemble le fax que nous devions recevoir : des Palimpsestes Occidentaux sur un site se positionnant comme un fanzine de prédicateurs et qui, lors des attentats du 13/11/2015 à Paris, avait fait crapahuter ses adhérents tout en haut d’une station de télécommunications ; action décisive et motion de soutien corollaires afin que notre texte de revendication soit relégué au premier plan sur tous les réseaux sociaux et ainsi de nous permettre de galvaniser les foules…
Comme ça, par la simple et pure fantaisie du chef de l’État islamique, Abou Bakr Al-Baghdadi, mais aussi par effet mimétique avec les forces spéciales américaines qui salissaient notre attaque destructrice en ne manquant pas de faire le buzz avec leur photographie du cadavre de notre ancien leader tué au combat.
Ou bien encore par consensus afin qu’ils ne puissent plus discréditer notre fatwa.
Donc j’imaginais, si on arrivait à imprimer en de nombreux exemplaires le document envoyé par télécopie, nos têtes brûlés judicieusement et bigrement fêlées de djihadistes, arrivant par exemple sur l’écran des touristes en vacances en Inde, pour visiter le Taj Mahal, s’arc-boutant avec le flot incessant des anonymes débiles, pour signaler sur Instagram, TikTok ou Facebook avec leurs téléphones portables sophistiqués la publication peu reluisante.
* J’avais gardé le pied au plancher en dépit de la détresse croissante du moteur six cylindres de sept litres de la Silver Ghost et de la grimpée inexorable vers le rouge de l’aiguille de température. J’essayais d’anesthésier ma furieuse colère par la vitesse de la voiture car de lapidaires et acerbes tartufferies vexantes s’insinuaient dans toutes les discussions des personnes que je rencontrais, devenant la risée de tout le quartier. La désinformation et l’endoctrinement du pouvoir français en place portant ses fruits…
Comme il faisait encore jour, et que les routes étaient quasiment désertes, j’avais tourné dans l’allée de Mike juste un peu après 11 heures le matin du 11 septembre.
Je descendis du véhicule et sa coccinelle jaune était garée devant la porte de son garage ; des légions d’oiseaux en troupes débandées s’envolèrent à ce moment-là en piaillant et avaient déféqué tellement sur son capot, le toit, les portières et le coffre que je me forçais à jeter un œil à l’intérieur de sa Volkswagen d’occasion, étonné par tant de bravades qui s’accumulaient aujourd’hui.
Au début je ne discernais rien d’autre qu’une fumée violacée puis je vis Mike à la place du conducteur en position assise, la tête projetée en avant, le menton collé contre le sternum, en aspect presque fœtal ; de la bave lactescente et sinistre barbouillant ses lèvres mais aussi ses habits : quelqu’un lui avait refourgué un poison dont l’antidote demeurait malheureusement un mystère insondable.
Le corps de Mike, ce seul ami poète avec qui je sniffais à l’époque où je n’avais pas encore fait allégeance à Daech, offrait sa dépouille dans cet espace réduit et enfumé…
Mike mort, je ne voulais plus vivre : j’appuyais sur la gâchette d’une arme à feu que j’avais trouvé jadis dans un bunker en démontant un coffre de l’ère nazie avec un pied-de-biche, et aussitôt je visualisais un rayon de soleil apaisé briller comme le chromatisme légendaire du couchant. Et tandis que j’agonisais, méditant sur ma vie et sur ma capacité d’avoir un esprit critique qui avait été fâcheusement séduit par la verve d’un imam dérangé, mes forces déclinèrent jonglant jusqu’au trépas entre les niaiseries de cet austère monothéiste et tous leurs faux-semblants… , pourtant nullipare, avait malgré tout enfantée… Je pouvais presque entendre les roues, tout aussi dentées que crénelées comme la mâchoire d’une vieille, s’engrener en cliquetant dans son cerveau. Il tisonnait le sable avec sa canne à pomme, pour dessiner sûrement un pentacle de protection ou pour interroger les auspices.
Ces poupards en pleurs suivaient de puissants bulldozers qui entreposaient des tonnes de terre — le sol pauvre et acide par tant d’excréments d’oiseaux marins semblait fulminer comme les rayons de cette fin d’après-midi
Ce n’était peut-être que les derniers vestiges du soleil couchant, mais pour moi ça ressemblait à l’ornementation classique d’Halloween et à la lueur des bougies qui devaient maintenant scintiller à travers toute la ville dans toutes les citrouilles creusées en forme de lanternes.
Et lorsqu’on dormait — un rêve où tremblait une mer de topazes — on associait cette odeur de bois suant dans l’âtre d’à côté à cette grande fête qui pointait à l’horizon. La danse et les orgies : la véritable mécanique de l’univers. Les raclées lors des bacchanales de ces derviches tourneurs qu’on n’allait pas pondérer sous les quolibets des tamarins et les sabordages meurtriers de leurs cours de swing : la catégorie super-lourd dans le domaine des embrasements restant à suivre pour faire notre numéro de terroristes politico-militaires, d’idéologues djihadistes…
Les fleurs rouies dans la nacre de l’aube suivante réapparaissant lors de notre réveil, on récapitulait, sur la restanque de cette mangrove alanguie, tout ce qu’on attribuait aux effets de la mescaline sur ces danseurs étranges. Ceci afin qu’ils nous identifient comme étant des leurs lorsqu’on passerait leurs portes avant de s’assurer qu’on était bien dans leur sacro-saint, avant de se quereller avec eux.
Sur la nitroglycérine aussi on n’avait pas lésiné, et avec entrain on s’était convaincu qu’ils se mouvraient dans les deux directions opposées de cette étable tellement mal proportionnée qu’elle compliquait les essais de fuite sous fonds de musique tout aussi électro que fédérative.
Donc on les avait rejoints sur leur piste de danse où plusieurs mégots écrasés gisaient parmi le fumier encore chaud, et leurs cris de douleur n’avaient déclinés qu’au crépuscule venant à point nommé et les chants des hommes et des femmes s’étaient arrêtés soudainement. Tout comme les cithares ne vrombissant plus.
Avec toute la légendaire et brutale intrépidité qu’on faisait pour l’instant qu’ébaucher. En tous cas, pas assez pour que les crieurs du soir apprennent aux habitants du bourg voisin le scoop de notre tuerie dont les derniers survivants s’aventuraient dans les souterrains pour se cacher.
Mais aussi pas encore assez fredonné par des saltimbanques désireux de faire frémir leurs souverains occidentaux sur leur trône ocreux.
Juste suffisamment pour qu’un artiste ridiculise et blasphème les Allah Akbar qu’on avait gueulé avant d’ouvrir le feu et dont l’organisation nous avait commissionné afin qu’il n’y ait pas de manqué dans leurs propagandes publicitaires à travers le monde médiatique.
Ce baladin, assis parmi les rats qui par leurs déjections après avoir mangé son lourd pain blond, coloraient les cases de son échiquier losangé, pressentait violemment que le bas-ventre volumineux de notre « œuvre d’art » régressive s’embossait non seulement de sextuplés allant naître pendant les saints de glace mais aussi contenant de surprenants embryons d’autres rats, racés à un point tel que, même fermement garrottés par le cordon ombilical, et à peine indisposés par leur manque d’espace demeurant toutefois tendancieux car sa grossesse était monstrueuse, ces rongeurs profitaient de cet état latent pour plonger la Vénus de Laussel au rang des valétudinaires sénescentes.
Mais aussi pour la matérialiser en chair et en os après cette gestation longuement semblable à l’éternité des galaxies infinies !
Ici dans cette zone semi-aride et dans leur chambre nue aux persiennes closes, âcrement prise d’humidité, ces cercles de poètes dont le troubadour faisait partie, avaient mûrement soigné leur mise, s’emmitouflant dans d’introuvables coupe-vents, quand cette diablesse des temps préhistoriques rentrait complétement pétée, la jupe de travers, le chemisier à moitié déboutonné, les cheveux en bataille et le poil chenu de chagrin.
Sans oublier le rouge à lèvres étalé sur son visage…
Et ses connaissances encyclopédiques sur les runes de cette cour des miracles qu’elle avait glané en ayant écumé les zincs les plus occultes et les plus louches, mais aussi les bibliothèques et les librairies les plus ésotériques.
En les rejoignant dans cette garçonnière au cœur de notre cité, elle avait l’âme si ravie sous ses haillons que, malgré le feeling pas vraiment laxiste de tous ces écrivains maudits, elle entonnait des chansons grivoises à son arrivée.
Puis appariant inconsidérément son appareil électronique high-tech avec le multiprocesseur potentialisant les stratégies les plus complexes de leur échiquier virtuel, elle ne savait pas encore qu’elle allait faire chauffer outre-mesure leur disque dur ainsi que leur serveur et leur NAS déjà chaud comme un sein. En les voyant se dérégler, Mike se mit à brailler qu’elle l’avait subjugué en troquant ce qui était indispensable à l’âpre fonctionnement des machines avec ce qu’elle prisait, c’est à dire détenir et comprendre les tenants et aboutissements universels si elle parvenait à tous les débrancher, leurs octroyant la liberté de ces esclaves autant bénie qu’ardemment convoitée…
Le reset de l’ordinateur avait eu pour conséquence de faire clignoter le voyant de la webcam, et de circonscrire le taux de rentabilité des actionnaires théorisant et spéculant pour que l’augmentation des barils de pétrole soit bien actualisée afin de pas la retarder suite à la potentielle découverte d’un nouveau gisement. Ils tremblaient comme des spectres.
Emmagasinant des données, dont elle avait fait des recherches au préalable sur ce dispositif de stockage de grande capacité, elle était maintenant en mesure de circonvenir la probité tout comme la perspicacité de ces traders connectés à ce même réseau…
Quittant les grands bois sans mon coéquipier djihadiste je me figeai dans l’ombre, soulagé de n’avoir pas été comme lui embrigadé dans une autre opération de guerre sainte, et hélais le premier venu, un paysan écolo, en train de rempoter un arbrisseau dont l’ombre pâle et frissonnante aurait été surpassée en description horrifique par Lovecraft lui-même !
*
Mon collègue mercenaire avait pris des photos. C’était des années avant que la micro-informatique permette une satisfaction immédiate, mais je découvris les clichés par la suite, quand il les eut tirés dans sa chambre noire. Ils étaient décevants.
Des cercles au-dessus de tous ces crânes sombres qu’on avait perforé. Auparavant j’avais vu des photos de tortures par des officiers américains non identifiés et là aussi, c’était généralement décevant.
On distinguait quand même des formes floues qui devaient appartenir à cette cinglée, membre d’une branche dégénérée des Whateley, et qu’on avait épargné par manque de balles.
« J’espère qu’on verra mieux sur les autres photos, soupira-t-il. Parce ce que là, c’est nul. »
J’examinai également ses dessins sans une seule chance de succès qu’ils me révèlent si la main droite de la fanatique tenait un croissant lunaire ou une corne de bison.
Alertés par un informateur anonyme, on savait maintenant que ceux-ci étaient censés nous amener à « La crypte de l’Homme aux réponses. »
*****
« La Vénus est représentée de face. Elle tient dans sa main droite un croissant lunaire ou une corne de bison qui pourrait, selon Waldemar Deonna (1913), représenter une corne d’abondance. »
« Sur cette corne se trouvent 13 encoches ; certains chercheurs ont suggéré qu’elles pourraient représenter les 13 cycles lunaires annuels ou des cycles menstruels (calendrier obstétrical d’une femme enceinte) ; sa main gauche est posée sur son ventre, ce qui pourrait indiquer qu’elle est enceinte. Ce qui semble être sa chevelure tombe sur son épaule gauche. Comme chez toutes les Vénus paléolithiques, on retrouve un certain nombre de conventions figuratives, avec certaines parties exagérément développées comme l’abdomen, les hanches, les seins, les fesses et la vulve, alors que d’autres sont absentes comme les pieds et le visage, tourné vers la corne. »
Seule la folie nous attendait. Seule l’Étoile Noire de Star Wars aurait pu encore nous accueillir…
Les watts du moteur de nos vélos à assistance électrique commençaient à psalmodier leurs objurgations quand nous dépassâmes la deuxième et dernière rangée de végétaux du lotissement, nous obligeant à les pousser à la fin ; ce qui avait courbaturé nos jambes plombées, surtout à la fin de la montée sans ascenseur jusqu’au douzième étage de cet immeuble. Le légiste était déjà là. Mike était accompagné de deux agents de police…. Et lorgnait sur le macchabée incendié. La dépouille de cette tarée dépendant de cette secte furetant parmi les antiquaires pour sacraliser ensuite ces objets vendus à peine plus d’un Penny, se vautrait dans un bain de sang… ayant traversé, avant de s’immoler, les parpaings fragiles du mur d’en face !
*
La Vénus d’argent du radiateur de ma « Rolls-Royce Phantom » avançait en éclaireur.
Les grandes lois de la physique dans ce grimoire que je tenais d’une main, l’autre maintenant le volant pour ne pas dévier du chemin malgré les cahots de la route, m’apprirent que ce que l’on croyait longuement disparu et que l’on avait mûrement toujours caché dans la pénombre, jamais placardé sur les murs, réapparaissait aussi brièvement que classiquement le jour d’Halloween….
Le crépuscule, rougissant encore plus que la veille, teintait non seulement la corne de bison mais aussi les os noirs de cette folle des Whateley et qui étaient sur la boîte à gants de la bagnole.
Plus tard en croisant sur l’autoroute un pick-up, je fus horrifié par mon propre reflet dans le rétroviseur. Et effrayé par la simple lumière des réverbères ; même les mouches avaient un bourdonnement menaçant, et pullulaient en s’accouplant sans relâche malgré la température glaciale.
S’acoquinant sous les treize encoches de la corne pouvant potentiellement servir de repère, et alerter sur les cycles lunaires annuels ou des cycles menstruels, elles annonçaient sans le savoir l’Heure de la Vérité et la Justice.
Quelques heures après, avec Mike, on avait surveillé ensemble le fax que nous devions recevoir : des Palimpsestes Occidentaux sur un site se positionnant comme un fanzine de prédicateurs et qui, lors des attentats du 13/11/2015 à Paris, avait fait crapahuter ses adhérents tout en haut d’une station de télécommunications ; action décisive et motion de soutien corollaires afin que notre texte de revendication soit relégué au premier plan sur tous les réseaux sociaux et ainsi de nous permettre de galvaniser les foules…
Comme ça, par la simple et pure fantaisie du chef de l’État islamique, Abou Bakr Al-Baghdadi, mais aussi par effet mimétique avec les forces spéciales américaines qui salissaient notre attaque destructrice en ne manquant pas de faire le buzz avec leur photographie du cadavre de notre ancien leader tué au combat.
Ou bien encore par consensus afin qu’ils ne puissent plus discréditer notre fatwa.
Donc j’imaginais, si on arrivait à imprimer en de nombreux exemplaires le document envoyé par télécopie, nos têtes brûlés judicieusement et bigrement fêlées de djihadistes, arrivant par exemple sur l’écran des touristes en vacances en Inde, pour visiter le Taj Mahal, s’arc-boutant avec le flot incessant des anonymes débiles, pour signaler sur Instagram, TikTok ou Facebook avec leurs téléphones portables sophistiqués la publication peu reluisante.
* J’avais gardé le pied au plancher en dépit de la détresse croissante du moteur six cylindres de sept litres de la Silver Ghost et de la grimpée inexorable vers le rouge de l’aiguille de température. J’essayais d’anesthésier ma furieuse colère par la vitesse de la voiture car de lapidaires et acerbes tartufferies vexantes s’insinuaient dans toutes les discussions des personnes que je rencontrais, devenant la risée de tout le quartier. La désinformation et l’endoctrinement du pouvoir français en place portant ses fruits…
Comme il faisait encore jour, et que les routes étaient quasiment désertes, j’avais tourné dans l’allée de Mike juste un peu après 11 heures le matin du 11 septembre.
Je descendis du véhicule et sa coccinelle jaune était garée devant la porte de son garage ; des légions d’oiseaux en troupes débandées s’envolèrent à ce moment-là en piaillant et avaient déféqué tellement sur son capot, le toit, les portières et le coffre que je me forçais à jeter un œil à l’intérieur de sa Volkswagen d’occasion, étonné par tant de bravades qui s’accumulaient aujourd’hui.
Au début je ne discernais rien d’autre qu’une fumée violacée puis je vis Mike à la place du conducteur en position assise, la tête projetée en avant, le menton collé contre le sternum, en aspect presque fœtal ; de la bave lactescente et sinistre barbouillant ses lèvres mais aussi ses habits : quelqu’un lui avait refourgué un poison dont l’antidote demeurait malheureusement un mystère insondable.
Le corps de Mike, ce seul ami poète avec qui je sniffais à l’époque où je n’avais pas encore fait allégeance à Daech, offrait sa dépouille dans cet espace réduit et enfumé…
Mike mort, je ne voulais plus vivre : j’appuyais sur la gâchette d’une arme à feu que j’avais trouvé jadis dans un bunker en démontant un coffre de l’ère nazie avec un pied-de-biche, et aussitôt je visualisais un rayon de soleil apaisé briller comme le chromatisme légendaire du couchant. Et tandis que j’agonisais, méditant sur ma vie et sur ma capacité d’avoir un esprit critique qui avait été fâcheusement séduit par la verve d’un imam dérangé, mes forces déclinèrent jonglant jusqu’au trépas entre les niaiseries de cet austère monothéiste et tous leurs faux-semblants…
