Poésie surréaliste NotesMat15

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Empty café with overturned chairs, messy tables, and scattered debris

La Tuile

On était aux environs de la cantine de Pine Street surplombant la baie d’Hudson quand le Moloko, un cocktail inspiré d’Orange Mécanique, à base de vodka, de lait, de sucre et de Carambars a commencé à faire effet. 

— Ce lait de vils drogués que les droogs boivent au Korova Milk Bar avant d’aller faire un peu d’ultra-violence, ce liquide blanc, innocent, presque maternel que l’on avait filtré, on l’avait siroté autour d’un lac aux reflets cisalpins, nous abîmant ensuite dans les revêtements des canapés en polyester de notre squat d’après-guerre. 

Je me rappelle avoir dit un truc du style : « j’ai le bide en vrac ; il vaut mieux que tu conduises… » Et soudain, il y eut un formidable faisceau lumineux autour de nous, et, par soubresauts, les bas-côtés furent remplis de ce qui ressemblait à d’énormes orang-outans qui s’entre-dévoraient pour de la bidoche, accouchaient d’épavistes patibulaires, ou zigzaguaient près de la voiture, et une voix a crié : — Par Judas ! C’est quoi ces putains de bestioles ?  

J’ai paniqué, la caisse a fait une embardée et a dispersé des nuages bleus de gaz d’échappement, et le type bizarrement lové sur le siège passager m’a lancé un regard désapprobateur. Un autobus interurbain qui réquisitionnait en ce moment même tout ce qu’il restait du prolétariat de ce pays (c’est à dire pas grand-chose) venait de passer en grondant. 

— Laisse tomber, lui dis-je, ce sont juste des espèces de James Dean mutants. Ces salopards prennent un malin plaisir à terroriser intentionnellement les poivrots du séchoir de l’usine, comme nous deux, prends le volant. 

On avait largué la meute de ces singes presque comiques, qui ne connaissaient que les monocultures de pavots, depuis plusieurs dizaines de bornes, et le froid altérait à présent la surface des objets ; comme ce volant de la camionnette ou ces transfuseurs salopant les écailles d’huître, jonchant le sol à l’arrière, symboles jadis de nos jours fastes… et le soleil sur l’horizon obliquait, et nous prîmes conscience alors d’une sensation de froid insidieuse, voyageant avec ses dernières lueurs malgré tout encore éblouissantes. Bien que congelés dans notre véhicule cryonique, d’étranges agents pathogènes sous forme liquide irriguaient les transfuseurs.

Les ombres alentours se détournèrent quand nous utilisâmes nos pipettes pleines de mélanges graisseux d’opiacés pour mettre des gouttes sous le derme de nos yeux. En caquetant comme des poules, on se coucha, s’affaissant, sans même enlever nos gabardines, dans les labours d’un champ qui s’allongeait à mesure que se produisait le bruit sourd caractéristique de nos ronflements… 

L’aube du petit matin, un rien formaliste, présidait déjà quand nos cerveaux savamment improductifs nous réveillèrent ; ça caillait et c’était comme si une force maligne et conquérante jouait avec nous, en nous laissant détaler et couiner comme des souris décérébrées.

Bien que pas très content d’être réveillés si brutalement et d’être obligé de commencer enfin cette guérilla qu’on nous avait incombé, nous débutâmes à ordonnancer les armes, notamment les lance-flammes, dans nos larges sacoches…