Poésie surréaliste NotesMat15

• •

Sur https://notesmat15.com un nouveau récit poétique

Noir sur noir

Par la porte d’entrée restée ouverte, on entendait au-dehors – comme si c’était à 1000 kilomètres de là, avait écrit le concierge – les voisins crier et les enfants déguisés hurler.

Ou quelque chose ressemblant à du brouhaha… mais, à première vue, ce qui s’était aligné dans mes tableurs Excelauparavant c’était d’abord le nombre des grandes phalènes qui végétaient autour d’un nectar de miel et de lumière que seule l’ombre des clous rouillés et apparents de ces foyers misérables faisait chuter. Des nouvellistes de l’ancien empire russe auraient pu se défouler en décrivant au-delà de l’imaginable la meule de l’assommoir et de la neige et du froid broyant ces familles nécessiteuses prises dans l’entonnoir de la misère la plus grasse…

Des soulards sur la voirie, et dont le vent ondulé de l’aube hivernale fouettait leurs visages congestionnés, venaient d’affluer le long de l’achalandage de bouteilles d’alcool industrielles juste en-dessous du vieil immeuble brillant d’un éclat morbide ; et dont les pierres noircies illuminées par le flash rouge et bleu des voitures de la police et de l’ambulance étaient grignotées par l’humidité de la grève non loin de là. Une petite foule s’était réunie, se tordant le cou pour apercevoir l’origine de cette agitation. Je faisais partie des curieux, m’étant surpassé pour me placer sous une travée abritant des cuves dont l’odeur méthylique indisposait les physionomistes de la brigade.

L’un d’eux, nerveux mais volubile, apparut face à moi et m’aborda par ces paroles :

— Von Vogelsang est venu vous demander, dit-il. Il avait un drôle d’air, et c’était facile de deviner ce qui se passe ici. Il n’a rien osé dire, mais il est évident que cette cacophonie et ces va-et-vient d’émeutiers consternent la Corporation Terrienne. Celle-ci juge maintenant l’endroit trop minable, même pour y stocker ses déchets toxiques…

Mais leur sabotage vint plus tard, juste après une épidémie neurovégétative qui avait éliminé mes principales et providentielles sources. Dans ma poche, un bouquin léniniste me renvoyait à ces pictogrammes recelant une Arche Sacrée, à mon manque d’imagination aussi.

****

Ayant quitté l’innovant système d’une raffinerie, je m’enfonçais jusqu’à mi-jambe dans le marécage d’une mangrove subtropicale ou équatoriale, avec d’étranges et impubères seniors. Ils avaient par bonheur délégué la charge de notre itinéraire à une mignonne et jeune maîtresse de maison, vêtue d’un corsage doré qui lui dénudait le dos et d’une minijupe argentée. Elle fit un signe en direction de ma caméra puis disparut après avoir traversé un terrain de rugby. Quand elle revint, elle était coiffée d’un haut-de-forme légèrement trop grand pour elle et elle brandissait un fouet… Pour fouetter nos couilles à l’air ainsi que de le faire claquer sur notre sexe ; et malgré tout ce qu’on pouvait croire c’était jouissif.

On arriva, tant bien que mal et en déambulant cependant d’une manière cavalière, à temps pour notre entrevue avec Von Vogelsang. Cette rencontre avait fini par nous persuader que les insurgés une fois dans leur geôle avaient sur leurs appareils électroniques synchronisé tout leur historique, regroupant de stupides conseils sexuels en passant par l’érotisme d’une scène classée X où l’on pouvait constater une dévotchka paumée, se penchant au-dessus d’une baignoire et dissimulant ses seins avec une main, tout en savonnant maladroitement la poitrine poilue d’un type avec l’autre.

Sur leurs écrans, des plans serrés nous montraient qu’un homme d’un âge indéterminé (entre 25 à 40 ans) prenait un bain visiblement très chaud : il transpirait à chaudes gouttes et les pages du livre de poche qu’il était en train de lire étaient extrêmement humides. Sur une étagère de la salle de bain, ses objets de prêteur sur gage avaient détrôné des livres dont l’un s’intitulait « Le club des gentlemens » une histoire d’un club de gens riches important des enfants affamés de l’étranger et en font des jouets sexuels. Sur le côté, alors qu’il tentait de mettre en ordre un tas de diverses bandes-dessinées et de revues pornographiques, des verres tombèrent et se brisèrent.

Et pour le cendrier qui flottait dans la baignoire, rempli de mégots mouillés, il le passa à la jeune nymphette qui continuait de le pomponner. L’homme lisait tranquillement mais l’adolescente, quand elle eut fini d’installer un parterre de roses sur le carrelage de la salle de bain, jouait malgré tout à des jeux en ligne très bruyants, ce qui apparemment ne le dérangeait pas… Il s’alluma une cigarette avec un briquet qu’il conservait dans un sac-plastique contenant aussi des seringues qui craquaient sous son poids quand il s’affaissait dans l’eau. Il rangea ensuite le briquet soigneusement.

De temps en temps, il sirotait un verre de rouge et dans son quartier, les dimanches matins, il suffisait de se satisfaire de sa propre fatuité en n’évitant surtout pas les dégâts liés à l’alcool, notamment les gardes à vue en cellule de dégrisement. Néanmoins il le recracha sur les fesses blanches de la jeune fille qui l’avait rejoint, et fastueusement un geyser pareil à celui d’une baleine remplaça ce qui coulait habituellement de la robinetterie. Elle venait d’abandonner son iPhone sur le canapé du boudoir voisin et dont les héros vêtus d’étoffes damassées alimentaient, au moment où elle l’avait éteint, un vaste feu de bois. Le trentenaire reluquait ses hanches minces entourées de rubans entrelacés avec de longues échancrures…

Par terre, un autre bouquin s’intitulait « Le métalangage des stars en érection », une référence dans le domaine et qui bénéficiait sur sa couverture de graffitis ayant été dès le premier jet adoptés.

***

A quelques mètres autour du feu brûlaient cinq grands cierges noirs. L’instant d’avant, seuls ses yeux étaient fixés sur ce rai d’un soleil poussiéreux, oblique, provenant d’un cosmos lointain et tombant d’une lucarne sur le plancher d’un grenier où se trouvaient les participants de cette messe noire.

Pour bien avoir une idée générale du programme à appliquer dès la réunion terminée, Cora parvint à saisir et lever la languette adhésive de ce planning à appliquer sur le mur mais, quelque délicatesse qu’elle y mette, elle se déchira, un peu comme le papier mural presque en loque, et où l’on avait collé, peu de temps avant, les pages d’une bible sataniste. Mais aussi des extraits d’une étrange encyclopédie et, si on consultait ses lambeaux de papier qui n’avaient pas encore été arrachées, décrivant l’espace se resserrant lors de la visite d’un visiteur spectral, le temps se comprimant sans qu’on puisse rien faire ni lancer d’incantatoires échos gémissants, le côtoiement du noble et de l’innommable aussi et enfin expliquaient l’utilité des clichés « car c’était ce qui reste quand on a tout oublié. »

Désormais à l’intérieur de cet endroit vétuste après être passé sous une pluie diluvienne en rentrant de l’hôpital, l’adolescente lança les résultats de sa consultation dans les flammes vives du brasier, puis se souvint d’avoir déjà vécu un épisode semblable. C’était une belle femme, d’une beauté sobre que venait contredire le rouge-à-lèvres noir assorti à ses yeux cerclés de khôl…

Puis, quand ces lieux furent vides, elle chevaucha la monstrueuse poutre entre ses cuisses que je tenais des deux mains comme on s’accrocherait à un cheval de carrousel, tous mes sens en éveil…

En quête d’indices aussi sur cet intertitre qu’elle avait inséré au début d’un film grand public, celui-ci ayant été détourné en changeant le début. Prenant par surprise les spectateurs qu’elle espérait par ses messages subliminaux et s’enchaînant sans cesse réveiller leurs consciences.

Mais sans se faire trop d’illusions, elle pensait seulement que cette simple introduction d’un film, dont les images noires sur noires les déroutaient tous, serait vite oubliée.

Noir sur noir comme un bouquet de dahlias qui se fanent et dépérissent dans la pénombre…