Nous, les innombrables enfants aveugles, nous vivons enfermés dans cet endroit depuis toujours. Nous avons toujours connu ce dallage humide, ces murs froids à perte de vue, nous ne nous souvenons de rien d’autre. Nous ne savons rien de ces lieux, ni pourquoi nous y avons été placés. Nous nous terrons douloureusement dans les recoins de ces plaines bétonnées, tentant vainement de nous regrouper. Notre cécité fait de nous un troupeau mouvant, sans contours.
L’obscurité éclipsait tout. Et j’avais déjà frémis à l’idée que mes sens n’avaient plus de raison d’être si je n’avais plus rien à sentir, à toucher ou à goûter. Pourtant quand le lait maternel avait jailli des multiples seins de Beth Harmon, j’avais mis un genou à terre, et touché délicatement ses tétons qui giclaient. Les innombrables enfants de Beth ne sortaient pas de l’imaginaire de Lovecraft, pourtant ils étaient encore plus voraces que des monstres, plus effrayants et réclamaient sans cesse leur pitance.
