Notre titanesque prison baigne dans le silence des abîmes, et nous avons toujours froid. Mais je sais maintenant que le soleil va se détourner des autres mondes et bientôt nous éclairer. Et pour notre prison où les joutes entre enfants plus ou moins bien portants ne cessent de désagréger les barreaux et les verrous, elle est davantage dans notre esprit et je sais aussi que les neuf-cents-quatre-vingt-dix-neuf portes ne vont pas tarder de s’ouvrir. Déjà les kyrielles de fiacres qui glissent le long d’Elsinore Lane, nous rapprochent des mondes qui viennent d’être enfantés.
J’ai appris aussi, il y a peu après des siècles après l’adoption de tous ces enfants, de tous ces jumeaux qui n’ont jamais vu le jour, qui n’ont jamais été désirés, les manuscrits et les traités de leur anatomie, prophétisaient déjà leur retour, et je pense que quand la lune sera géante, très basse dans le ciel, on peut espérer leur libération…
