Au dix-neuvième siècle, les chambres photographiques étaient inventées. Selon certains, elles piégeaient les âmes.
Les photographiés ne remarquaient rien pendant la prise. Mais, après leur mort terrestre, ils resteraient bloqués dans leurs portraits. Leurs âmes ne pourraient plus bouger, fixées dans une photo en noir et blanc ou dans un monde aussi imaginaire que psychédélique comme Alice aux pays des merveilles…
L’insanité de leurs points de vue commençait à s’insinuer dans le cerveau de Claire Castel en train d’escalader en ce moment même le dôme d’un palace où elle observait des pigeons querelleurs qui revenaient des tarmacs les plus extravagants. Car ces aires de stationnement des aérodromes s’engageaient jusqu’aux jetées des sept mers, là où les ouragans s’invétéraient à engloutir les presqu’îles de ce coin certes paradisiaque et fastueux mais dont le seul dessein était de survivre à ces événements climatiques, tous plus furieux les uns que les autres…
Faisant florès de découvertes comme des festons abandonnés juste au-dessus du promontoire de cet hôtel de luxe, ainsi que des gaines de femmes longues, minces, en grand deuil, elle fut rapidement persuadée qu’une faille spatio-temporelle l’avait ramené au dix-neuvième siècle ; ce dix-neuvième siècle qui lui avait fait rappeler âprement « le prêchi-prêcha » de ce Gérard de Nerval et surtout de cette Marceline Desbordes-Valmore…
D’importantes sommes d’argent avaient été blanchies suite aux gains rémunérant sa participation en tant qu’héroïne principale ne ménageant pas ses efforts pour fignoler la basse besogne avec ces forçats obsédés à lui faire roter du foutre une fois son boubou dévêtu.
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La noirceur de cette nuit zestait d’un zèle vorace son canevas concernant ses velléités de dupliquer le volcanisme des poèmes de Bukowski sur les murs d’un tunnel interdit au public et bouffés par la laideur des tags…
Ces graffitis, qu’elle s’acharnait inexplicablement à recouvrir par les vers de l’auteur américain, avaient pour origine un simple rififi entre punks à chien, nonobstant qu’ils avaient le pouvoir d’invoquer l’avatar d’un dieu hindou. Celui-ci, après que Claire Castel se disputaient la place sur le moellon sale avec la verve évocatrice de l’écrivain bien trop souvent ivre, apparût, alitant autant ses bêtes monstrueuses l’accompagnant que la jeune femme, en monokini même à cette heure tardive.
Uniformisant d’abord par tout un tintouin évocatoire de représentations dignes des meilleurs des brahmanes ce qu’il restait peinturluré dans ce squat, il envoûta ensuite indissolublement la toison pubienne de Claire Castel afin que l’état microbien de sa vulve soit aussi nocif que le poison d’une vipère.
Ainsi l’univers de tous ces films pour adultes qu’elle était censée plus tard prendre part, connut une lame de fond sans précédent ; car ce qu’il résultait de cette vengeance de la divinité s’incarnait par un virus sexuel foudroyant, contaminant dangereusement tous ses partenaires. Et dont les remèdes et les soins se révéleraient à l’avenir inefficaces…
